L’autre jour je rangeais ma chambre-bureau. J’avais un grand besoin de nettoyage et je l’ai intensément, sur tous les plans. La poussière, les objets, les meubles, les coussins, la couette, les fringues, les trucs qui trainaient sur et sous les armoires, bref tout ou à peu près tout, y est passé. J’ai aspiré la moquette comme un malade. J’avais l’impression de soulever une poussière qui avait dix ans d’âge.

J’étais fier de moi après cette intense journée de remise à zéro de mon espace de repos- travail. Quand j’ai eu fini, j’ai eu la sensation d’avoir fait un grand vide. Je ne suis pas resté dans la pièce, j’ai mis quelques lumières et je suis descendu me faire à manger.

En remontant le soir dans la pièce, j’ai eu un sentiment étrange. J’ai senti ce vide que j’avais fait. Il était palpable, presque comme si on avait soulevé les meubles de ma pièce et qu’on les avait déplacés dans un grand hangar vide. C’est ce que je voulais, ne plus me sentir encombrer, sentir l’espace, la possibilité de faire de nouvelles choses, comme si j’avais eu envie de me retrouver au milieu d’un terrain de jeu immense pour jouer une nouvelle partie.

Un instant, j’ai ressenti au fond de moi une petite peur qui s’est suivi d’une étrange envie de remplir l’espace de quelque chose. J’ai attrapé un encens et je l’ai allumé. Mais il n’était pas adapté au moment, ni à l’envie. Je l’ai éteint très vite. Puis je me suis à nouveau retrouvé avec cette petite peur à peine perceptible, mais très réelle et très profonde, dans cette pièce toute vierge, toute neuve. Je demandais de quoi s’agissait-il?

J’avais eu peur du vide. La peur du vide, mais qu’est-ce que c’est que ce truc ? La peur d’avoir de l’espace, d’avoir ouvert un espace, qu’est-ce que c’est que ce truc ? Elle n’a duré qu’une fraction de seconde. Une de ces fractions de seconde qui vous font toucher quelque chose d’essentiel dont on se souvient pour la vie. Je le raconte avec plein de minutes et je pourrais le raconter pendant des heures tellement c’était intense et plein de compréhension. Mais cela n’a vraiment duré qu’une fraction de seconde.

La peur du vide, je l’ai comprise à ce moment là. J’ai compris ce besoin que nous avons de remplir notre espace, de le blinder de trucs inutiles, de ne pas y faire le ménage et de laisser la poussière des années s’entasser. Cette peur, c’est quand on n’est pas prêt à faire entrer quelque chose de nouveau dans sa vie, quand on ne se sent pas encore capable de définir ce que l’on veut faire entrer dans son espace. Alors on laisse notre espace plein de trucs pour ne pas être envahi par ce que l’on pourrait y attirer sans s’en rendre compte.

Je crois que nous avons une connaissance instinctive les lois de l’Univers. Le vide attire tout de suite quelque chose, nous le savons intimement. Il suffit de faire le vide pour provoquer la venue d’un milliard de choses nouvelles. C’est une loi de l’univers que l’on retrouve aussi dans les principes physiques de la matière. La manière dont les avions avancent dans le ciel nous le montre bien. Les hélices ne poussent pas l’avion. En fait elles créent un vide d’air devant l’avion et l’avion dans ce vide, poussé par la pression atmosphérique. Cela va vite, très très vite. Cela va beaucoup plus vite qu’une voiture. Une voiture s’agrippe à la route et lutte contre l’air devant elle pour avancer. C’est laborieux et plein de résistance. Faire le vide nous permet d’aller beaucoup plus vite que de pousser et de tirer laborieusement nos actions. Et c’est de cette vitesse dont j’ai une fraction de seconde eu peur.

Tout d’un coup ce vide, c’était comme si je me retrouvais à bord d’un avion à réaction à Mac 2 sans savoir où aller. Vous voyez la frayeur que cela peut créer ? Je délaye comme un bon chocolat, mais cela n’a duré qu’une fraction de seconde. Vraiment.

Eh bien, quand on fait vraiment le ménage chez soi, physiquement ou autrement, on crée ce même vide qui se transforme en un pouvoir d’attirer à soi des choses nouvelles à grande vitesse.

Nous avons une conscience instinctive de ce phénomène. Comme la grande vitesse de changement fait peur, cela crée une sorte de vertige. Un vertige lié à l’idée de toutes les choses inconnues que nous sommes potentiellement entrain d’attirer à nous et qui vont se présenter à Mac 2 dans la visière du casque, dans notre espace et dans notre vie.

Une fraction de seconde j’ai rencontré cette peur, je l’ai vu très intimement sans avoir envie de la rejeter, puis elle a disparu. Je me suis dit que faire l’expérience de ce vide et de cette vitesse, je m’en sentais prêt finalement. Que si je n’avais pas encore choisi tout ce que j’allais attiré à moi, je pouvais accepter cette vitesse et ouvrir grand les yeux pour choisir ce qui allait entrer dans ce vide. Et c’est ce que j’essaye de faire en ce moment. Je mets le pilote automatique droit devant, je regarde le paysage le temps de ressentir très intimement ce que j’ai envie de faire et de mettre dans mon plan de vol.

On se demande souvent comment faire apparaître des choses nouvelles dans notre vie. On pense que nous sommes bloqués par des événements extérieurs et qu’il faut pousser ces choses au loin pour pouvoir avancer. En fait cette méthode est lente et laborieuse. C’est le principe mécanique de la voiture et du train, ils s’agrippent au sol et luttent contre l’air. Faire le vide est bien plus efficace et plus rapide. Il faut être prêt à regarder en face l’immensité de l’espace sans s’inquiéter de ne pas savoir exactement où l’on va et ouvrir grand les yeux.

En réalité, tant qu’on ne sent pas l’envie de monter à bord de notre nouveau jet, de faire le vide et d’aller rencontrer la vie, notre désir d’avancer n’est pas complètement réel. On est encore accroché au plancher des vaches et on préfère avancer en poussant des cailloux parce qu’on sait ce qu’on va trouver derrière. On pousse nos obstacles, c’est rassurant.

Et si ce qui fait avancer vite, c’était ne pas décider à l’avance où l’on va? Mais d’oser l’aventure ?

« L’univers aime la vitesse » dit-on dans les cercles qui méditent sur la Loi de l’attraction. Je crois que je viens de comprendre le sens de cette accélération.