En Afrique, la retraite n’est pas assurée par les fonds de pension ou des systèmes de caisses. Les parents consacrent leurs richesses à éduquer les enfants et les enfants subviennent aux besoins de anciens quand ces derniers ne sont plus en âge de se suffirent à eux-mêmes. Ce système intègre, avec tout un tas de règles de vie collective qui l’accompagnent, l’éducation des jeunes et la survie des anciens. D’une certaine manière, avoir des enfants devient une forme d’assurance retraite. Ne pas en avoir comporte un risque sur sa fin de vie.

Cela encourage les parents à donner le meilleur d’eux-mêmes pour leurs enfants afin qu’ils aient, adultes, l’amour et le respect de leurs aînés et une bonne situation pour pouvoir prendre soin d’eux en retour. Le système encourage aussi la bonne qualité des relations. Consacrer une part importante de ses ressources pour élever au mieux ses enfants devient bénéfique pour soi et pour l’enfant que l’on élève.

Avec des parents durs et autoritaires, cela peut devenir sclérosant pour l’enfant si les anciens imposent une voie à l’enfant. Il y a des travers dans tous les systèmes.

Au-delà de ça, il y a un effet particulièrement positif qui est de construire une forme d’économie basée sur le moment présent. Le parent gagne de l’argent dont il se sert pour éduquer ses enfants au lieu de constituer des fonds de pension pour un futur incertain. D’une certaine manière la croissance démographique est assurée et on évite de tomber dans la pente démographique que nous connaissons en occident qui nous fait craindre l’avenir plutôt que de l’espérer.

En occident, on cotise pour sa retraite et on doit élever ses enfants en même temps. C’est une économie de la double peine. Le fruit du travail est ponctionné deux fois en même temps. Pour éduquer les enfants, pour cotiser aux retraites ou constituer des fonds de pensions. Des sommes d’argents colossales ont ainsi pris le chemins des organismes d’assurances, de banques, des collectivités, des institutions diverses et variées au lieu de passer simplement d’une génération à l’autre comme en Afrique, d’abord dans un sens puis dans l’autre. L’organisation à l’occidentale a développé un gigantesque détournement des ressources financières des particuliers, coupant notre perception de l’économie dans le moment présent et nous faisant craindre l’avenir économique.

Nous vivons étouffés dans le présent par les charges et dans la peur de l’avenir.

Le résultat de ce système basé sur une économie du futur, est que les occidentaux font de moins en moins d’enfants et dépérissent sur-eux-mêmes. Le système se pervertit de lui-même. Les occidentaux pensent naturellement à leur confort et craignent un futur qui leur coûtera cher où personne ne les aidera ou presque. Les enfants étant une grosse charge économique, on en réduit le nombre pour mettre de côté des ressources et tenter d’assurer son avenir économique. Le réflexe naturel qui consistait à faire des enfants pour assurer son avenir, est perverti. La vie du présent est économiquement obscurcie et brouillée par des préoccupations de l’avenir qui n’ont plus rien de naturel.

La relation de l’être au temps présent est modifiée par le système économique. C’est une des raisons pour lesquelles il est structurellement si difficile pour un occidentale de vivre dans le moment présent. Dès sa naissance, il est conditionné pour vivre dans le futur et en avoir peur. La vie devient difficile à vivre au présent, puisque le système nous demande de ne penser qu’à l’avenir en ne comptant que sur nous-même. C’est inquiétant. Il faut vivre sa vie pour assurer sa retraite au lieu de vivre sa vie, maintenant, pour transmettre une belle éducation, pour donner et partager.

Le système devient pervers au point que les vieux meurent parfois plus riches que leurs enfants et que les jeunes, frustrés de ne pas avoir reçu assez d’aide, d’amour et de soutien de la part de leur parents, plus inquiets qu’heureux, attendent de recevoir leur part d’amour dans l’héritage des anciens, à un âge où ils seraient sensés les aider à vivre.

En France nous étions arrivés à atténuer cette organisation à l’occidentale avec un système de retraite particulier qui assurait pour tous une retraite décente sans trop d’angoisse sur l’avenir. C’est peut-être une des raisons pour laquelle notre natalité est restée bonne par rapport à nos voisins occidentaux.

Aujourd’hui, la démographie, l’économie, le chômage ont changé la donne. Nous n’aurons probablement plus le système de retraite que nous espérions. Nous allons devoir inventer pour survivre.

L’économie du moment présent consiste à faire confiance en l’avenir. Il est difficile d’imaginer en France un système à l’africaine, mais qui sait, si nous apprenons à renouer des liens familiaux ou autres basés sur l’amour et le besoin économique du moment présent et non sur la peur de l’avenir, arriverons-nous peut-être à assurer une forme de solidarité entre générations au lieu de vivre en ne comptant que sur nous-mêmes, crispés sur une fracture violente entre anciennes et jeunes générations.

Essayons de vivre ensemble ! Nous n’avons plus vraiment le choix.