Le dernier billet de Marie-Lore a suscité des réactions amusantes sur cette citation :

« Le pessimisme est d’humeur;
l’optimisme est de volonté. »
Alain
Je m’apprêtais à mettre un commentaire assez superficiel quand une petite voix m’a stoppé. C’est drôle comme on peut se saisir des mots sans écouter l’énergie qu’ils véhiculent. Je fais cela souvent, je réagis sans écouter. 

Avec du recul la citation d’Alain me semble vraiment parler d’état et de l’envie ou pas de changer nos états. Je la trouve assez belle et assez juste.

Mais à la première lecture j’ai réagi contre cette citation pour au moins trois raisonsCa va très vite dans le cerveau. Ces trois « raisons » ont pris racine dans trois réactions, je les ai eu dans un temps quasi instantané. Si j’avais du répondre très vite et spontanément sans prendre de recul, mon commentaire aurait été piloté par ces trois réactions. Et mon commentaire aurait été bien médiocre et sans intérêt à mon avis.

Voici ces trois réactions :

– Réaction 1 : parce que je suis fondamentalement optimiste au fond de moi – ce qui signifie pour moi avoir la conviction que nous sommes tous, tout le temps dans une évolution positive et profonde et que la régression en soi n’existe pas – mais que je manifeste souvent de la mauvaise humeur dans mes états quotidien, ma première réaction était de penser qu’on ne pouvait opposer ainsi « pessimisme d’humeur » et « optimisme de volonté ». Je n’étais pas à l’écoute de la citation qui parle plus de comportements et de modification d’états que de profonde conviction ancrée au fond de soi. Je réagissais comme si la citation m’accusait de manquer d’optimisme en raison de mes mauvaises humeurs.

– Réaction 2 : parce que j’associe souvent (à tort) la volonté avec l’effort, il m’était difficile d’accepter l’idée de devoir faire un effort pour développer de l’optimisme. Funeste erreur me semble-t-il en y réfléchissant. La volonté n’est-elle pas plutôt la faculté de déterminer de ce que l’on veut, et rien d’autre. Il n’y a aucun effort là-dedans, si ce n’est celui de sortir de son état léthargique pour se demander ce que l’on veut vraiment. Pas besoin de se forcer, de s’entrainer ou de produire un effort contre nature pour cela. Au contraire, plus j’avance dans la vie plus je comprends que ce qui développe ma volonté et ma détermination c’est l’état de repos et de détente qui me rebranche sur un désir pur et naturel et crée la joie de vivre.

– Réaction 3 : parce que le nom de ce philosophem’a une fraction de seconde fait penser à une autre personne et que cela aurait touché une petite part d’orgueil bien mal placé, j’étais prêt à mal la prendre mal sans même l’entendre. Quelque fois, franchement, on tombe bien bas !

Voilà en une fraction de seconde tout ce qui peut se passer dans un cerveau de 42 ans. Ca, se sont les trois réactions que j’ai identifiées. Peut-être y en a-t-il eu bien d’autres que je n’ai pas captées.

Rions un peu et voyons ce que j’aurais pu répondre en partant de ces trois réactions.

– Commentaire de la réaction 1 : « Et bien moi je trouve que quand on est optimiste de nature on peut aussi avoir des moments de blues et cela ne change rien, hein ! N’est-ce pas que j’a raison. Là ! » Ca élève le débat n’est-ce pas ?

– Commentaire de la réaction 2 : « Bon ben si y faut faire des efforts pour être heureux en plus, y a plus qu’à s’tirer une balle ! » Enrichissant comme remarque, non ?

– Commentaire de la réaction 3 : No comment.

Voilà, c’est rigolo non ? Un peu minable aussi ! Je vous jure, à peu de chose prêt, si j’enlève le plaisir de me caricaturer à gros trait, que ces trois réactions auraient pu exister.

On me reproche souvent d’être lent quand je m’exprime : « Bon alors accouche, on ne va pas y passer la nuit ! »
Et bien aujourd’hui plus que jamais j’en suis fier ! Très fier !  Fier de ne pas avoir déposé une petite crotte sur un blog lumineux par excès de vitesse cérébral.

Ce que le public te reproche, cultive-le : c’est toi.
Jean Cocteau
Je suis lent, et je crois bien que je vais le devenir encore plus. 

Notre cerveau  est une vraie Ferrari. En sommes-nous conscient? On l’utilise souvent comme des jeunes qui viennent de passer le permis. On passe notre temps à nous crasher (ou à cracher) sur les autres à toute vitesse, avec notre réactivité cérébrale excessive sans prendre la peine d’apprendre à conduire cette merveilleuse machine.

J’ai bien envie, plutôt, d’apprendre à piloter cette Ferrari au ralenti, de faire encore quelque tours de piste entre les plots, plutôt que de m’imaginer avoir la maîtrise parfaite et d’appuyer sur le champignon pour me griser de la vitesse.

Si on réfléchissez un peu plus à ce que l’on dit, cela en vaudrait-il la peine?

Les mots touchent, les mots caressent, les mots plaisent, les mots blessent, les mots assassinent aussi. Comme un bolide lancé à toute vitesse sur une route de campagne, ils nous grisent et peuvent percuter aussi fortement qu’ils nous emballent.

Nous sommes tous au volant d’une machine puissante et extraordinaire, le cerveau !

Nous avons la responsabilité de nos écarts de conduite. Peut être que la plupart du temps, sans blesser personne on parle pour ne rien dire. Ce n’est pas grave en soi, disons que ce n’est pas très écologique.

Quoique par les temps qui courent et au prix du baril de pétrole…