Expériences personnelles

Thémis

J’ai eu plusieurs fois à faire à la justice ou à me préparer à aller en justice dans ma vie, pour des affaires familiales ou pour des problèmes liés au travail. J’ai pataugé, perdu des plumes, j’ai déprimé, fait appel, de nouveau perdu des plumes, je me suis retrouvé à poil.
Au début de mes expériences, je n’y comprenais rien, je me sentais acculé et fautif en même temps. Je n’avais aucun discernement et je me réfugiais derrière des avocats pour soutenir et porter mes dossiers. Les avocats se reposent sur les aspects techniques des affaires et ont souvent une vue juridique qui les fait évaluer la puissance des arguments sur un plan binaire, oubliant le plan humain. Ils gagnent ou ils perdent selon la force des arguments. Quand ils ne maîtrisent pas le plan humain, et que vous êtes fragiles, quelque soit la force des arguments, ils sentent le vent de la défaite arriver, qu’ils ne peuvent plus rien pour vous, ils peuvent se retrouver complètement démunis et vous vous retrouvez alors très très seul. Car en fait, on ne gagne en justice que si on a l’énergie de gagner.

Trouver son positionnement

Forcé de reprendre le chemin de la justice pour des raisons économiques qui devenaient impérieuses, j’ai modifié mon approche au bout de quelques années. J’ai arrêté de me cacher derrière les avocats et je me suis présenté seul en me préparant autrement. Ces dernières expériences ont été positives.

Je n’aime pas dire que j’ai gagné car il y a dans cette manière de penser, l’idée que l’autre a perdu. On ne peut pas s’empêcher de croire que l’on a gagné sur l’autre, qu’on a été plus fort que lui. Or c’est justement cette recherche de pouvoir, cette orientation de la procédure vers l’envie d’écraser l’autre qui ne fonctionne pas lorsque l’on est de nature plutôt sensible comme je le suis. Si on est sans scrupule, le plus simple est de prendre l’avocat le plus féroce possible et de lui lâcher la bride. La justice est un théâtre où le mensonge, la mauvaise fois, la manipulation, l’arnaque, la tromperie et l’intimidation sont monnaies courantes. Et ça marche. Si vous n’avez pas affermi votre positionnement et que vous êtes face à un bulldog, il vous écrasera. Les juges n’ont pas une démarche maternante, ils ne prennent pas la responsabilité de vous défendre si vous n’avez pas trouver la force de la faire pour vous-même.

Comment la justice juge

Ce point est essentiel à intégrer : n’attendez pas que la justice rétablisse la justice à votre place. Si vous n’avez pas rétabli en vous-même la justice, si vous n’avez pas un positionnement ferme, clair, si votre légitimité n’est pas établie en vous, s’il demeure plus de peur et de culpabilité que d’assurance dans votre bon droit, la justice tranchera en votre défaveur, tôt ou tard et quelque soit votre dossier.

Vous n’avez donc pas d’autre choix, quand vous êtes de nature sensible, que de travailler sur vous pour affermir votre positionnement et la légitimité de votre être. Ceux qui adoptent une attitude de bulldozer sans foi ni loi ont en eux la conviction que leur point de vue est légitime et sera reconnu par la justice. De ce point de vue là, ils ont des leçons de vie à donner aux personnes sensibles qui, elles, se noient dans leur culpabilité et recherchent une compassion complaisante.

Le travail sur soi

Lorsque vous ne voulez ou ne pouvez pas fonctionner comme un bulldozer, il est important de savoir que vous aurez probablement à faire face à un bulldozer pour apprendre à vous positionner dans la vie et à établir votre légitimité sur les bases de votre travail personnel. Il vous faudra éliminer vos peurs et éclairer vos zones d’ombres. Si on se trouve face à la justice, c’est parce que l’on a quelque chose à éclaircir. Quelque soit l’injustice contre laquelle vous vous battez, il y a en vous des zones d’ombre : « Pourquoi ai-je laissé faire si longtemps? Pourquoi n’ai-je pas pris mes responsabilités ni clarifié cette situation avec courage quand cela aurait été plus facile? »

Tout le fruit de mon expérience est de comprendre que malgré les apparences on ne gagne pas en justice contre l’autre, on mène une bataille avec soi-même pour faire la paix. Même si en face de vous, vous avez quelqu’un que vous qualifiez de monstre. Ce monstre est dans votre vie pour que vous regardiez vos peurs, votre manque de clarté, vos revendications infantiles qui font de vous quelqu’un d’inquiet ou de belliqueux. Le conflit aide à les identifier et apprend à les mettre de côté pour trouver son positionnement d’adulte qui lui, aura toutes les chances d’être entendu par la justice.

La préparation

Un dossier en justice requiert des compétences juridiques. Ne perdez pas de vue que la connaissance de la matière juridique est indispensable. Ce n’est pas le sujet que je traite ici, mais ne l’oubliez surtout pas.

On se croit faible parce qu’on est petit. En fait on est fort sans le savoir quand on est déterminé à résoudre les choses dans le fond. Si vous devez faire face à un conflit juridique et que vous avez une sensibilité et un désir de justesse qui ne s’accorde pas avec une approche brutale, vous aurez à travailler à restaurer votre légitimité de manière sérieuses  pour traverser cette épreuve positivement.

J’ai réussi mes épreuves judiciaires quand je me suis retrouvé à la fois seul, sans avocat, et bien préparé par des accompagnements particuliers pour m’aider à faire la clarté dans mon histoire et pour me préparer physiquement et énergétiquement à l’épreuve.

Je me suis rendu compte récemment que j’avais souvent accompagné des personnes en coaching pour préparer des audiences, des dossiers, des courriers pour des affaires judiciaire de divers types. En général, on vient vers moi pour tester ou valider son positionnement. Une affaire récente m’a mis dans une grande joie. Je ne vais pas m’étendre sur le cas, j’en parlerais peut être plus tard. Mais j’avoue que j’ai jubilé de voir ce petit bout de bonne femme trouver sa colonne vertébrale et se tenir debout droit dans ses bottes face à une armée de mexicains qui avaient sorti l’artillerie lourde.

En justice c’est celui qui se sent le plus légitime qui est entendu. Ce n’est pas celui qui sort le plus gros flingue. Les arguments fallacieux font peur et font mal. On est stupéfait de voir jusqu’où quelqu’un peut aller pour nous démolir.

Une fois qu’on a travaillé son histoire et que l’on travaille à restaurer en profondeur sa légitimité, les arguments qui nous semblaient des massues ce transforment en allumettes. Ils deviennent risibles.

Restaurer sa légitimité

Restaurer cette légitimité et apprendre à dégonfler le tigre de papier, de mon expérience, demande de travailler en profondeur au moins trois choses :

  • son historique
  • la gestion de son stress et de ses émotions
  • son positionnement personnel

Travailler son histoire

Travailler son historique est essentiel pour comprendre objectivement qu’elle est notre vraie responsabilité vis à vis de la loi. Le plus souvent on a peur de faire la clarté car on sait que l’on n’a pas tout dit. On ne veut pas être pris en défaut alors on refuse de faire ce travail de clarification. Or c’est ce travail qui va être la base de d’un positionnement fort et permettre de reconstruire notre histoire en ramenant les événements à des faits. La plupart du temps on voit notre histoire à travers nos émotions et on n’est pas au clair avec les faits. On ne voit pas comment ont a été abusé, on trouve des excuses à l’autre partie, on planque ce qui nous fait honte, on minimise l’importance de nos actes justes, considérant qu’ils étaient juste normaux. On ne voit pas tout ce qu’on a supporté et pris sur les épaules pour assurer. On est obsédé par les accusations qu’on nous porte. On se justifie. La clarification des faits est une étape indispensable pour sortir du mythe et entrer dans la vraie histoire.

Travailler la gestion de son stress et de ses émotions

Les émotions suscités par les accusations soulèvent des états qui remontent à nos blessures d’enfance les plus profondes. Sans un travail en profondeur sur ces états émotionnels on risque de mentaliser la clarification de son histoire, de croire qu’on a tout compris et que cela va aller tout seul  sans intégrer vraiment ce que l’on a compris. Il est nécessaire d’aller beaucoup plus loin que la colère et de la dépasser si on ne veut pas utiliser la force pour écraser l’autre. En rester à la compréhension qu’on est légitime avec une colère contre l’autre est un positionnement qui ne fonctionne que quand on a un tempérament de killer.

Quand on a plus de sensibilité, cela ne marche plus. Il devient nécessaire d’avoir intégrer toute la dimension émotionnelle de notre histoire pour ne plus être réceptif et réactif aux attaques. Dans les tribunaux, si on n’est pas ancré, si on ne vit pas notre état de légitimité au fond de soi, on risque de se faire balayer comme un bouchon dans la tempête par la violence de l’énergie de l’autre partie. Les tribunaux sont des champs de batailles. L’énergie y est violente, les coups bas sont légions, et les audiences sont de véritables épreuves. On peut sentir, quand on est sensitif, la violence de cette énergie. La préparation mentale ne suffit pas. Ce point est important. Si vous cherchez à vous armer avec une préparation mentale, en vous persuadant que vous allez gagner, vous restez dans le champ de la lutte contre l’autre en essayant d’avoir un mental plus fort que lui. Cela peut marcher un temps, mais tôt ou tard le conflit vous reviendra en pleine figure. La préparation émotionnelle et énergétique est donc une clé indispensable si on veut résoudre durablement un conflit.

Travailler son positionnement individuel

Travailler son positionnement pour retrouver confiance en soi dans la légitimité de ses actes passés et présents est la touche finale de la préparation. « Pourquoi je suis là? Qu’est-ce que je veux? Qu’est-ce que j’attends? Quelle est ma demande? Pourquoi ? A qui je m’adresse ? Est-ce que je fais confiance à la personne à qui je m’adresse ? » Derrière ces questions se cachent souvent les revendications et les justifications que l’on utilise pour masquer nos faiblesses. Il faudra accepter nos faiblesses, être humble, ne pas faire les fiers à bras, et accepter que nous avons agit avec un manque de clarté et de sincérité : « J’étais trop déprimé et j’ai accepté cette lettre de licenciement sans la contester par écrit. » La justice entend nos faiblesses. Mais souvent, on essaie de se positionner en force en occultant nos faiblesses alors que derrière elles se trouve toute la richesse de notre positionnement. « J’étais trop déprimé parce que cela faisait des mois que je subissais une violence verbale sans rien dire. Je voulais assurer, je voulais bien faire mon travail mais plus j’en faisais, plus on me critiquait violemment. » Et voilà, le levier est là, le vrai, celui qui ne sera pas facile à démonter. C’est là qu’il faudra se montrer fort et fier. « J’ai fait de mon mieux. Je suis comme cela, j’ai envie de faire plaisir et j’aime le travaille bien fait. On a profité de mes qualités sans le reconnaître et je ne l’ai pas dénoncé à l’époque. Je viens le dire aujourd’hui. »
Nous occultons nos meilleurs atouts car nous essayons de gagner contre l’autre en continuant de le ménager comme on essayait de le faire avant que l’on se trouve en justice. On veut inconsciemment maintenir la relation, ne pas tout dire. Si on disait toute la réalité, la relation serait vraiment terminé, l’autre serait tellement vexé qu’il ne le supporterait pas. Est-on prêt à cela? C’est cela le travail de positionnement individuel. On n’est plus là pour sauver une relation mais pour exister seul, mais dans son intégrité.

On on croit qu’il faut juste se montrer fort dans le tribunal, plus fort que l’autre. En étant plus fort que l’autre on espère sa soumission, ce qui permettra de garder la relation… Jusqu’au prochain conflit.
En fait, la vraie force est de ne plus avoir besoin de la relation et de reconnaître notre faiblesse passée. Cette reconnaissance faite, la force du positionnement se dégage. Une fois ce pas réalisé, quelques répétitions permettent de se préparer à l’audience et d’apprendre les clés de son déroulement pour ne plus être pris au dépourvu.

Se faire aider

Je me suis surpris moi-même de l’efficacité de ces trois démarches conjointes. Ces dernières années j’ai travaillé a compléter mon travail sur le positionnement individuel par des besoins de préparation que je ne gérais pas seul sur le plan de l’historique ou de la gestion du stress. Ces collaborations ont été fructueuses. Voici trois contacts pour vous aider à vous préparer sur ces points si vous en sentez le besoin :

  • Nathalie Chaillou pour le travail sur l’historique et l’éclairage des faits,
  • Marie-Lore Staudt sur la gestion du stress, des émotions et l’accompagnement énergétique,
  • et moi-même pour le positionnement personnel et la préparation des audiences.

Si vous vous sentez concerné, n’hésitez pas à bien vous entourer pour vous préparer.

Couper le lien

Il y a un encore un point important dont vous devez prendre conscience si vous allez vers le tribunal, c’est la nécessité de couper les liens. Le symbole de la justice est la déesse grecque Thémis. C’est l’image d’une femme les yeux bandées qui tient une balance et une épée. Elle a les yeux bandés parce qu’elle juge sans émotion, la balance pour sentir l’équilibre et l’épée car son action est de couper, de trancher les liens. Fondamentalement, c’est le rôle de la justice, couper le lien.

A cela il faut se préparer. Quand quelqu’un vous accule en justice, c’est qu’il veut trancher sa relation avec vous. Plus fort vous résister pour garder le lien, plus fort sera le coup d’épée. Lorsque vous menez une action en justice, vous pouvez aussi être dans un désir de reconstruire ou de réparer le lien en forçant l’autre à une reconnaissance de vous. Cette énergie risque d’être à votre désavantage. Nous projetons dans toutes nos relations un désir d’amour et de lien. Par projection, le patron devient le père, la patronne devient la mère, la collègue le frère ou la soeur… On crée des attachements affectifs puissants.

La résolution du conflit commence par l’acceptation de perdre une relation qui nous lie à quelqu’un. C’est la base de la résolution pacifique du conflit. Plus vous tiendrez inconsciemment au lien, moins la résolution sera simple et effective. Plus vous serez détaché affectivement, plus vous aurez de chance d’être entendu.

Vous savez que vous ne risquez plus de retourner dans un tribunal quand vous n’avez plus besoin du lien qui vous liait à l’autre. Là vous êtes libre.