Le coach se veut souvent neutre dans son intervention, sans influence sur les choix et décisions du coaché. Est ce possible et est ce souhaitable?

La physique quantique nous apprend que l’on ne peut observer une expérience sans la modifier. L’observateur, par son observation, modifie l’expérience. Je pense que dans les relations humaines, la même chose s’opère. Les sciences humaines, probablement, reposent plus sur des interactions qui s’apparentent à la physique quantique et ses propriétés singulières, qu’à la physique matérielle traditionnelle et ses lois mécaniques d’action et de réaction. En tant qu’être, nous ne sommes pas seulement des constructions mécaniques qui réagissons au mouvements, aux images et aux sons. Il y a une part subtile de nous qui ne se voit, ni dans le squelette, ni dans la chaire, ni dans le réseau neuronal, et qui est très sensiblement perçu par notre environnement.

C’est pareil pour un coach ou un accompagnant quelconque. Par sa seule présence, même silencieuse, par son observation de la situation, un coach modifie sensiblement ce qui se passe devant lui. C’est d’ailleurs pour ça qu’on l’appelle, pour le faire participer dans sa qualité d’être à la situation que l’on vit en espérant qu’elle se modifie.

Si le coach est de nature calme et posée, il transmettra un apaisement qui rendra la situation plus tranquille et sereine, s’il est tonique et dynamique, il apportera une confiance dans l’action, s’il est anxieux, craintif, en colère, timorée… il se passera certainement autre chose en rapport avec l’énergie de cet observateur qui participe à l’élaboration d’une solution à un problème donné.

On ne peut pas être neutre en tant qu’accompagnant humain, que ce soit un coach, un psy ou autre chose. La neutralité absolue n’existe pas. Ce que l’on appelle la neutralité, c’est la recherche d’une absence de jugement. L’absence de jugement n’est pas, comme on pourrait se l’imaginer, une l’absence d’influence. Il y a influence même sans jugement.

En tant qu’accompagnant on exerce donc toujours une influence, celle de sa propre énergie que l’on porte avec soi et qui se transmet autour de nous. L’observation de nos vies nous montre que les gens, sans le chercher, ont une influence sur leur entourage. Par expérience, on sait que l’on se sent bien avec untel, mal à l’aise avec tel autre, en joie avec un troisième ou super dynamique quand on passe la journée avec cette quatrième personne. Chacun de nous porte en lui une énergie particulière qui émane et irradie autour de lui alors qu’aucune intention de d’influencer n’a été consciemment poursuivie.

Pour un accompagnant, c’est la même chose, mais avec encore plus d’intensité parce que sa qualité de conseil, thérapeute… concentre sur lui une attention de son auditoire qui démultiplie l’impact de son énergie lorsqu’il officie.
Ne pas reconnaître l’influence de notre énergie, c’est l’ignorer, et cette ignorance ne permet pas de reconnaitre les intentions que l’on porte en soi et que l’on transmet de manière inconsciente.

Les accompagnants expérimentés savent qu’ils exercent une influence. Leur travail ne consiste plus à tenter de s’en défaire, mais à développer une conscience de cette influence et à clarifier ou purifier l’intention qui est la leur. Tout accompagnant, coach, prêtre, psy, thérapeute… a la responsabilité de l’énergie qui est la sienne et celle d’apprendre à la rendre la plus pure possible en la nettoyant des peurs, inquiétudes, angoisses qui pourraient la couvrir.

La neutralité est un leurre. La neutralité sur le plan humain n’existe pas. On ne peut pas être un observateur neutre de la vie. Sachant cela, le coach, l’accompagnant, doit prendre conscience des valeurs profondes qu’il est à même de servir par sa présence, par sa position dans le monde. Est-ce l’autonomie, la liberté, le pouvoir, la puissance, la combativité, la paix, le bonheur, la spiritualité, la force, l’amour, l’indépendance… Quelles valeurs servons nous en tant que coach, accompagnant. Quels sont les peurs et les ressorts émotionnels négatifs du passé qui nous ont poussé a développer ses qualités? Avons-nous fait la paix avec ce passé ou transmettons nous encore nos blessures d’antan? Là est la question.

Comme les avocats, les accompagnants sont confrontés à accompagner des personnes vers des buts qui correspondent ou non à leurs valeurs. Décider de commencer ou pas un accompagnement qui va nourrir des valeurs qui ne sont pas les nôtres devient une responsabilité personnelle qui nous engage moralement de manière forte. Lorsque l’on se trahit, c’est probablement que l’on n’a pas encore fait la paix avec son passé et que l’on manque encore d’estime pour ce que nous sommes. On se réfugie alors dans l’illusion de notre neutralité pour ne pas voir notre manque de discernement. On met en avant les qualités qui sont quantifiable comme les diplômes stages et formations diverse, plutôt que de présenter sa qualité d’être. Les diplômes sont neutres et objectifs, ils ont la même valeur pour tout le monde.

L’illusion de la neutralité de l’accompagnement, l’idée que nous ne faisons qu’appliquer un savoir ou une technique avec neutralité, la croyance que « si c’est pas nous qui le faisons, quelqu’un d’autre le fera » pour le même résultat, nous éloigne de notre responsabilité première qui est de reconnaître notre influence personnelle sur le monde et l’action créatrice de nos interventions.

L’accompagnant n’est pas neutre. L’accompagnant a une histoire personnelle qui l’affecte. L’accompagnant n’est pas un Dieu au dessus des êtres. L’accompagnant est un être qui s’éduque par l’éducation. Il apprend à chaque pas que vous faites et qu’il fait avec vous. Il fait son chemin avec vous et c’est pour cela qu’il est de son devoir de déclarer et d’affirmer avec le plus de clarté et de transparence possible quelle est la voie qu’il prend, quels sont ses valeurs, d’oú il vient, qui il est et oú il va.

Un accompagnant ouvert à cette question vous donne les clés du travail que vous ferez avec lui.

Un accompagnant obscur sur ces questions vous emmène sur une route dont vous ignorez tout.