Un jour au japon un très grand maître d’arts martiaux qui inspirait à tous le plus grand respect par la maitrise de son art entendit parler d’un grand maître que, d’après la rumeur, personne ne pouvait battre. Il voulu savoir lequel des deux était le meilleur et décida de lui rendre visite à son dojo pour le défier. Dans le japon ancien et même encore largement au XXème siècle, cette pratique était courante.

Le maître du dojo accepta et le très grand maître vint le voir le jour convenu pour le défi. Les deux maîtres se saluèrent dignement sur le tatami, et le très grand maître pris sa posture de combat qu’il maîtrisait à la perfection. Il pouvait se tenir ainsi des heures sans bouger un cil dans une attitude parfaite qui lui permettait de parer à toute attaque, bien centré sur son haras, les bras devant lui, et bien bas sur ses jambes.

L’autre maître se tint à quelques mètres de lui, debout, les bras le long du corps, dans une posture détendue mais vigilante. Sa présence était forte, mais son attitude complètement décontractée. Son regard semblait ne fixer aucun point particulier. Il avait la réputation d’être si rapide que l’on ne voyait venir ses mouvements. Pourtant il ne bougeait pas et semblait ne se préparer à aucune attaque.

Le très grand maître l’observa longuement et les deux hommes restèrent ainsi immobiles. Le très grand maître n’attaquait pas car il savait, par sa longue expérience des Arts Martiaux, que le mouvement de l’attaque était une faiblesse qui pouvait être fatale devant un maître d’art martial. Il attendit donc que l’autre maître esquissa un mouvement. Mais aucun mouvement ne fut perceptible. Le deuxième restait dans sa posture détendue sans bouger.

La journée passa ainsi et le très grand maître qui savait tenir sa posture martiale des heures durant restait concentré sans bouger, prêt à répondre à la première attaque qui ne saurait tarder de surgir de ce maître dont la rapidité de mouvement avait fait sa réputation.

La nuit vint et la luminosité était devenue si faible que le très grand maître dû faire appel à ses capacités de perception extrasensorielle pour maintenir sa vigilance complète au moindre mouvement de son adversaire.

La nuit passa sans que rien ne se passa. Au petit matin le très grand maître découvrit la silhouette de son adversaire non plus debout, mais assis en seisa à quelques mètres de lui toujours. Il se demanda légèrement inquiet comment il avait pu ne pas se rendre compte de ce mouvement alors que sa vigilance n’avait pas défailli de toute la nuit. Le maître assis avait les yeux fermés et les ouvrit, puis esquissa un salut très léger à l’égard du très grand maître qui n’avait pas quitté sa posture martiale. Le maître resta là, assis, sans bouger, les yeux ouverts, le regard perdu dans le lointain, sans que personne ne puisse savoir exactement ce qu’il observait.

Une journée encore passa sans que rien ne bouge. Et une autre nuit. Et une autre journée, et encore une autre nuit. Le dojo semblait figé dans une espèce d’éternité immobile. Le maître assis semblait toujours égal à lui-même, décontracté et à la fois très présent.
Au matin du quatrième jour le très grand maître senti un infime tremblement dans sa jambe. Il observa le maître assis et ressenti que sa posture était restée égale et qu’il ne montrait aucun signe de faiblesse.

Alors le très grand maître abandonna sa posture martiale et salua le maître assis et accepta sa défaite. Il savait qu’il n’était plus en mesure de risposter, que son corps montrait les premiers signes de faiblesse.

Les deux hommes se saluèrent et le très grand maître demanda au grand maître : « Ôh Sensei, mon attention et ma vigilance n’ont jamais défailli, de jour comme de nuit, et pourtant je n’ai pas senti votre mouvement lorsque vous vous êtes assis. Etes-vous si rapide que vos mouvements soient invisibles ? »

« Ôh Sensei, répondit le grand maître. Ce n’est pas moi qui suis invisible, mais vous qui êtes aveugle. Vous avez choisi la posture martiale de celui qui attend une attaque pour vaincre l’adversité. Vous ne pouviez pas voir ni prévoir, ni percevoir la seule chose à laquelle vous ne vous attendiez pas, que je ne vous combatte pas. Vous étiez vaincu d’avance. »

Je dédie cette petite histoire qui m’est venu en songe ce matin pour m’aider à comprendre ma posture dans la vie, à Maître Ueshiba, fondateur de l’Aïkido, dont l’art m’a enseigné le désir de rendre la paix vivante en moi.