L’aventure est un autre mot que j’aurais pu utiliser pour désigner le 7ième cercle d’intimité relationnel, celui de l’étranger. J’ai utilisé le mot “étranger” pour exprimer le fait que dans ce cercle nous rencontrons des inconnus avec lesquels on n’a aucun lien. Chaque expérience devient une expérience neuve comme lorsque nous partons à l’étranger dans un pays inconnu. Partir à l’étranger donne des occasions de vivre des aventures nouvelles dans lesquelles nos repères, connaissances, habitudes sont absents.

En fait pour vivre cette expérience du 7 ème cercle, nous n’avons pas besoin d’aller très loin. La vie nous crée des occasions quotidienne de vivre des aventures nouvelles. La plupart du temps, nous les refusons et nous résistons à nous engager dedans. Nous nous comportons avec la richesse des occasions de vivre des aventures personnelles dans nos vies, un peu comme si nous refusions de passer la douane une fois arrivé sur un sol étranger. L’occasion est là et on lui tourne le dos.

Pour se dépayser, on organise des voyages très loin avec des critères exigeants pour ne pas être trop perturbé par l’inconnu. L’aventure se trouverait-elle finalement au coin de la rue?

Comment la reconnaître ? Voici une histoire qui raconte ce que peut devenir une aventure personnelle du quotidien. Hier j’avais prévu d’aller faire des travaux dans le lieux où je consulte à Paris. Je voulais commencer le matin afin de pouvoir profiter de la fin du week-end tranquille dans mon jardin pour me reposer.

Je partais vers 11h00 pour être sur le lieu avant midi. Arrivé sur Paris j’apprenais que l’accès routier était complètement bloqué par une course ou une manifestation et que les barrages ne seraient levés que vers 13h. Mon plan était fichu. Je pouvais renoncer “refuser de passer la douane” ou voir où cette aventure aller me mener. Finalement je décidais de me poser dans un quartier au hasard dans Paris le temps que cela se débloque. Je tombais sur un petit quartier que je ne connaissais pas, animé d’un marché dense et vivant. Je m’y promenais, discutais avec un jeune militant dans la rue, faisais un tour. Il faisait beau, rien ici ne m’était connu. Paris est une grande ville.

Je n’avais pas programmé de manger à midi et du coup je profitais de cette pause inattendue pour m’enfiler une cuisse de poulet bien chaude en déambulant dans les rues autour de ce marché très vivant. Plus tard je me posais à la terrasse d’un café pour prendre une boisson au soleil. Je regardais et répondais à quelques e-mail que j’avais programmé de traiter en fin de journée sagement posé à mon bureau. J’apprécias cette terrasse au soleil comme bureau occasionnel. Il ne manquait pas de charme. Une personne un peu sans gène vint poser son gros sac de course sur la table de ma voisine de terrasse sans se soucier d’elle. La situation était drôle et grotesque et me fit sourire ce qui créa un échange et une conversation agréable. C’était une étudiante grecque qui apprenait le français et le parlé avec difficulté. Pas besoin de faire des milliers de kilomètres pour rencontrer l’étranger me dis-je. L’aventure est au coin de la rue.

Je restais quelques instants pour finir mes e-mails puis je me décidais à faire quelques courses dans ce marché. J’aime bien faire les courses le dimanche. En m’étant obligé à partir le matin pour faire les travaux, je n’avais pas pris le temps d’aller au marché. Je ne connaissais pas les commercçant, donc j’allais au ressenti de stand en stand. Encore quelques discussions avec des commerçants, et je repartais tranquille avec mes course.
La route dégagée, l’esprit léger avec le sentiment d’avoir vécu une parenthèse de vacances au soleil j’allais vers ma journée de travaux. Au final, les travaux ont été faits, pas dans les délais que j’avais imaginés. Malgré la fatigue physique et la fin tardive, ce dimanche m’a reposé l’esprit.

Quels autres scénarios aurais-je pu vivre? J’aurais pu m’entêter quelques heures au volant en essayant de contourner les barrages, j’aurais pu renoncer et rentrer chez moi, j’aurais pu faire la même chose, me poser quelque part, mais râler en attendant que le temps passe. Peut-être le temps ou mon humeur du moment m’ont invité à vivre cette mésaventure comme une aventure. Et je me suis retrouvé à vivre une micro aventure aussi riche que si je m’étais retrouvé à 6000 kilomètre de chez moi.

La distance, finalement, est bien plus dans notre esprit qu’à l’extérieur.

L’aventure, le contact avec l’étranger est un état d’esprit. C’est un état d’esprit dans lequel nous devons accepter de ne pas avoir de programme, d’être déboussolé, de suivre les accidents de la vie non pas en les considérants comme des problèmes, mais comme des occasions de nous retrouver dans une situation nouvelle où tout est possible.

Nous refusons l’aventure au quotidien. Le quotidien est plein de bugs dans nos programmes. Un ordinateur qui ne veux pas marcher le jour où on avait prévu que l’on allait travaillé, une grève des transports, un enfant qui tombe malade, une panne d’électricité, un frigo vide quand on a faim, un bouchon sur la route, un projet qui capote, une altercation, une annulation… La vie est faites de millions de mésaventures quotidiennes. Nous les refusons la plupart du temps car nous n’aimons pas nous ouvrir à l’inconnu et perdre le contrôle de la situation.

Le 7ième cercle d’intimité relationnel est, dans le fond, cette expérience de se confronter à l’inconnu, d’aller vers l’étranger, sans repère et sans programme en surfant sur les accidents de la vie.

Nous les refusons et mettons toutes notre énergie à essayer de ne pas vivre l’expérience de la mésaventure. Ce faisant, nous nous fatiguons, nous nous agaçons, nous épuisons notre énergie à lutter contre le cours des événements et nous nous fermons à des possibilités bien plus satisfaisantes que ce que notre esprit étroit est capable d’imaginer.

La vie entière est une aventure. On se l’accorde une fois par an pour les congés annuels en se disant que pour accepter de vivre des choses nouvelles, il nous faut avoir l’esprit libéré du quotidien. Cela revient finalement à choisir de ne vivre que quelques semaines par an.

Et si lors de notre prochaine mésaventure, au lieu de râler sur ce qui ne se fait pas comme prévu, on se demandait : Qu’est-ce que cette situation nouvelle et imprévue va me permettre de vivre maintenant ?
Et si on se décidait à vivre tous les jours ?