Les parents inquiets craignent que leurs enfants ne vivent des expériences difficiles à chaque étape de leur croissance. Pour éviter cela, ils consacrent une partie importante de leur énergie d’éducateur à protéger leurs enfants de ces expériences en leur posant des petits parachutes dans le dos.

A chaque fois que leurs enfants abordent un apprentissage de la vie, qu’ils s’engagent dans une expérience nouvelle, les parents inquiets entourent leurs enfants de protection pour leur éviter la chute. Ainsi les enfants de parents inquiets vivent les premiers pas, les premiers coups de pédales, les premiers coups de volants ou encore les premières histoires amoureuses et les premiers examens, bardés de protections et de parachutes pour amortir la plus petite de leurs éventuelles chutes.

Ces petits parachutes accrochés à leur dos finissent par les suspendre dans un état de quasi apesanteur. Devant l’expérience de la vie, les enfants de parents inquiets flottent dans l’air, sans désirs, sans mouvement propre à eux-mêmes. Confortablement suspendu à ses parachutes l’enfant de parents trop protecteurs est balloté de gauche à droite et de haut en bas selon le désir de ses parents qui soufflent dans sa voile et la gonfle pour le maintenir dans un état de suspension et le diriger vers les zones de moindres risques et de moindres dangers où il ne fait jamais l’expérience de toucher le sol, ni de pouvoir se diriger vers une direction qui serait la sienne.

Inversement, les parents qui ne protègent pas assez leurs enfants leur font vivre des expériences tellement traumatisantes que ces enfants deviennent craintifs à l’idée d’entreprendre de nouvelles expériences de la vie. Ils n’ont pas eu de parachutes et se sont pris tellement de baignes sans aucune sécurité ni confort qu’ils finissent par anesthésier leur désirs pour s’éviter de nouvelles expériences traumatisantes. Ils suspendent eux-mêmes leurs vies, leurs envies et leurs désirs, au parachute de l’inertie qui leur évite les expériences traumatisantes.

Dans un cas comme dans l’autre, ses enfants devenus adultes ont peur des risques et recherchent des parachutes sociaux pour les protéger. Ils se mettent en dépendance ou s’enferment dans des systèmes de protection qui les suspend à un salaire, un emploi sécurisant, un conjoint, une rente, une pension, une indemnité qui les protège…

Il arrive que le besoin de se connaître et de vivre sa vie avec intensité devienne plus fort que la peur du risque. Dans ces moments, les individus s’engagent alors dans un vrai combat avec eux-mêmes pour couper avec leurs dépendances passées et présentes.

J’ai la chance de suivre en coaching plusieurs personnes engagées sur cette voix qui montrent un grand courage à prendre en main leur vie vers le chemin de l’indépendance. Je les devance de quelques encablures sur ce chemin et j’ai remarqué chez elles comme je l’ai remarqué chez moi-même, les mêmes inquiétudes au moment décisif de couper avec la dépendance, de sauter dans le vide sans les vieux parachutes des autres.

Il y a un moment de fébrilité quand on se trouve encore suspendu à notre ancien système de survie qui dépend des autres et que l’on s’apprête à le lâcher pour passer à notre propre système de survie.

C’est un moment où il faut couper les suspentes du vieux parachute qu’on a collé dans le dos, pour se trouver en chute libre le temps que s’ouvre son propre parachute, le petit ventral qu’on porte avec soi.

Ce moment de la vie fait peur. On ne tient plus vraiment à notre vieux parachute qui nous ballote de droite à gauche. On sait qu’avec notre propre parachute, on a des suspentes directionnelles qui nous permettront de choisir notre vitesse et notre direction. Mais voilà. On ne sait pas s’il va s’ouvrir. On la plier et replier 10.000 fois pour être sûr qu’il est parfaitement opérationnel, et pourtant on est complètement irrationnel et on pense encore que l’impensable peut arriver, que rien ne fonctionnera comme on le souhaiterait. On a peur de ne devoir compter que sur soi-même.

Alors on tarde à couper les suspentes du vieux parachute et à ouvrir le nouveau. Plus on tarde à l’ouvrir, plus on se rapproche du sol et d’un risque bien réel. Ce sont les assedics qui se terminent, c’est notre place dans notre entreprise qui est de plus en plus contestée, c’est le conjoint qui ne veux plus de cette vie là, les parents qui ne veulent plus combler les trous… Le vieux parachute usé et abimé par le temps ne nous suspend plus efficacement et on chute vers le sol maintenant.

Plus on tarde, moins on a de temps pour déployer son ventral avant de s’écraser.

J’ai fait cette expérience plusieurs fois dans ma vie. Quitter une entreprise, quitter le chômage, quitter un conjoint, quitter mes parents. A chaque fois j’ai eu peur de m’écraser en sautant dans le vide et à chaque fois j’ai été stupéfait de voir la vitesse à laquelle mon propre parachute s’est ouvert me redonnant la sécurité et le pouvoir de diriger ma vie.

J’ai le sentiment que quand on s’écrase dans sa vie c’est que l’on essaye de s’accrocher aux suspentes de nos dépendances jusqu’au derniers mètres qui nous séparent du sol en refusant d’ouvrir nos propre parachute.

Ce parachute que l’on porte tous sur notre ventre, c’est celui de nos envies propres. C’est la projection de ce que l’on a dans le ventre, dans les tripes. Il marche à tous les coups. Il faut deux conditions pour l’ouvrir dans deux bonnes conditions :

–          Désirer vivre selon ses propres envies indépendamment de la volonté de quiconque,

–          Couper nous-mêmes avec les suspentes de nos anciennes dépendances avec qu’un drame ne nous arrive.

Lorsqu’au plus profond de soi on a fait ce vœux et on pose ces actes, la vie nous répond positivement et immédiatement en faisant souffler un air neuf dans nos voiles. Le courage est immédiatement récompensé. Le job rêvé arrive, le contrat tombe, les opportunités pleuvent. Et on atteint là forme la plus incroyable et la plus jouissive de reconnaissance de soi. Ce n’est pas le patron, le conjoint ou le parent qui nous donne satisfecit sous la forme d’un su-sucre, c’est la vie elle-même qui nous récompense concrètement, c’est l’Univers tout entier qui complote pour nous apporter les subsides et le soutien nécessaires à la poursuite de notre vie.

La vie ne fait jamais défaut à l’appel de la vie. Quelle récompense d’en faire l’expérience !