Il y a quelques mois un ami m’a proposé de gérer en tant que chef de projet, la refonte et le déploiement à grande échelle d’une application de formation professionnelle. J’ai accepté volontiers sa proposition car je cherchais à assoir mon développement d’activité en tant qu’indépendant avec des prestations un peu plus importantes que les sites dont j’accompagne le développement en ce moment.

Je sentais dans sa manière de me faire cette proposition une certaine forme de condescendance, mais je n’y prêtais pas plus attention. Je pense qu’il avait l’impression de me faire une fleur.
On a donc pris rendez-vous pour que je prenne connaissance du projet. Comme j’ai une expertise plutôt forte dans le domaine, je rentrais tout de suite dans le projet de manière précise et profonde, en professionnel avec une analyse du sujet qui fit impression. Je proposais par la suite un cadre d’intervention clair et détaillé par écrit.
Quelques semaines avant de lancer le projet, j’envoyais un e-mail pour préparer le début de la mission. Je reçus en retour un e-mail écrit à la soude caustique qui remettait en cause mon approche du projet avec une forte condescendance. La critique était sans fondement et absurde pour n’importe quel professionnel du métier, mais elle avait l’applomb et l’assurance de celui qui ne sait pas mais veut garder l’illusion d’un contrôle de la situation. Entre les lignes je pouvais entendre « mon petit, tu es bien gentil, mais je vais t’expliquer comment faire ton métier et gérer mon projet parce que là tu fais n’importe quoi. »

Je fus particulièrement touché par cette condescendance qui est venu réveiller une blessure personnelle. J’ai toujours recherché une forme d’approbation des personnes que j’admirais et à qui je prêtais systématiquement allégeance. Malheureusement, en retour, ces personnes ne se montraient jamais digne de la confiance totale que je leur faisais. Ces situations répétitives me décevaient profondément et je perdais toute mon énergie et mon enthousiasme dans le plaisir de travailler quand je m’en rendais compte. Or dans ma décision de me mettre à mon compte j’ai justement décidé de couper court avec cette répétition en reconnaissant mes propres compétences professionnelles et valeurs fondamentales. Je connais le degré de mon intégrité et je n’ai plus besoin d’une autorité pour me couvrir.

Au lieu de lisser l’incident pour préter une fois de plus allégeance en niant mon intégrité, je reconnaissais cette fois, dans cette réaction, l’attitude du client qui n’est pas prêt à faire confiance et avec lequel il allait falloir batailler tous les quatre matins pendant des semaines pour se justifier de chaque décisions et actions. Et je décidais de prendre une position par rapport à ce constat.
J’ai réfléchi un moment et je me suis demandé si j’avais envie de travailler de cette manière aujourd’hui. La réponse fut non.

J’étais géné de devoir me retirer de cette mission quelques semaines avant son démarrage. Ma conscience professionnelle me dictait de poursuivre. Je me suis alors demandé s’il était juste pour moi de poursuivre cette mission. Serais-je intègre avec moi-même en poursuivant ainsi, après avoir dévoilé le côté sombre de l’affaire qui allait me consommer une énergie folle pour palier une absence de confiance sur l’execution de la prestation.
La réponse fut non également. Pourquoi? Parce que j’avais consenti un tarif à peu prêt à la moitié du marché pour ce type de prestation et que l’énergie que j’allais devoir déployer pour l’effectuer allait me pomper toute mon énergie du soir au matin et du matin au soir. L’affaire n’était plus rentable.

Je compris à ce moment là pourquoi tout nous parait si cher. Parce que d’un côté nous dépensons une énergie colossale dans nos peurs, à ne pas nous faire confiance, à suspecter la malveillance, la malversation, la négligence… et de l’autre côté on dépense autant à se justifier, à se préparer à la critique, à se parer contre les attaques paranoïaques et les critiques sans fondement. Quel gaspillage d’énergie.

Je répondis donc, après des explications sur le pourquoi de ma démarche, que je préférais me retirer de la mission.
Je me demandais par la suite ce que j’avais envie de faire dans ma vie. Où est-ce que je me situais? Est-ce que je devais m’aligner sur le prix du marché et ne pas baisser mes tarifs? Je compris que ces taux journaliers exorbitants correspondent au fait que l’on doit gérer des hystéries du matin au soir. Est-ce mon désir? En fait non.
Je serais bien plus heureux en trouvant un moyen de vivre plus modestement mais plus respectueusement. Je décidais donc sur le champs de lancer avec mes amis un réseau de professionnels décidés à travailler autrement, dans le respect et la transparence, sans avoir besoin de sur évaluer son travail pour compenser la perte d’énergie, le besoin de gloire personnelle et justifier sa légitimité par la valeur financière.

Je sais par expérience que les clients respectueux et confiants existent pour des prestations de ce type. Ils n’osent même pas y penser car ils pensent ne pas avoir le budget. Il suffit de relier ses deux branches qui aujourd’hui se croisent sans se reconnaître ou sans oser s’aborder : les clients et les prestataires qui ont envie de travailler dans une écologie de moyens en veillant à ne pas disperser leur énergie dans leurs peurs et inquiétudes personnelles.

Je le sais aujourd’hui, ma contribution à l’écologie n’est pas de militer pour l’agriculture, la forêt amazonienne où l’énergie renouvelable. Il y a plein de personnes bien plus compétentes et motivées que moi sur ces sujets.
Ma contribution à l’écologie et au développement durable est de développer un savoir faire autrement où nous pourrons en faire deux fois, trois fois ou quatre fois plus pour le même prix en étant plus heureux, plus satisfait et plus respectueux de notre environnement et de notre énergie d’être humain.
Notre énergie personnelle est notre première ressource. C’est la manière dont nous la maîtrisons et dispensons qui révèle notre écologie intérieure.