Les cercles relationnels décrivent des degrés d’intimité relationnels concentriques. Plus on est proche du centre, plus l’intimité relationnelle est forte. Le terme d’intimité n’est pas utilisé dans le sens d’une relation affective, mais dans le sens d’une relation dans laquelle on a investi une part de soi-même de manière plus ou moins consciente. Plus cet investissement est inconscient, plus il nous est intime, caché à nous-mêmes et aux autres.

Cette intimité qui croit vers le centre vient de plusieurs facteurs. Un de ces facteurs est le caractère durable de la relation. Plus la relation est durable, plus elle est intime. Un bon indicateur de la durabilité de la relation est la forme légale / juridique de cette relation.

La relation parents/enfant par exemple, est une relation plus durable que la relation conjoint/conjoint. Elle est légalement plus forte puisque qu’on ne peut pratiquement pas mettre fin à la relation avec un parent alors que l’on peut se séparer d’un conjoint et mettre fin légalement à cette relation par un divorce de manière assez commune.

Plus la relation est intime, plus elle est matériellement ancrée dans la loi et moins on peut la fuire. Elle est présente dans notre vie, qu’on le veuille ou non. On peut quitter ses parents et ne plus les voir pendants des années, les renier ou les rejeter, un jour ou l’autre, c’est un frère, un oncle, un cousin ou le notaire qui viendra toquer à notre porte pour nous rappeler à cette relation que nous avons feint d’ignorer. Et tout un émotionnel enfoui resurgira d’un coup pour nous rappeler cette relation passée que l’on avait mis de côté sans la régler vraiment. On ne peut pas fuir une relation intime, on ne peut que la comprendre, l’accepter et la dépasser.

Dans le cas de la relation conjoint/conjoint, la relation peut se dissiper plus vite à condition de traiter le lien légal jusqu’au bout. Une fois le divorce consommé, plus rien de légal ne peut nous rattraper. On est libéré.

Donc dans un premier temps, le degré d’intimité relationnel s’évalue au regard de la durabilité de la relation. Cette notion de durabilité se lit assez bien sur le dessin des cercles relationnels en deux dimensions. Plus on va vers l’extérieur, moins la nature du lien est durable. L’aspect légal peut être un bon paramètre pour évaluer cette intimité relationnelle. Cette remarque me fait penser que je me suis probablement trompé en plaçant les amis avant les collègues de travail dans mes premiers articles sur le sujet. En y réfléchissant, le cercle relationnel des amis devraient probablement être replacé juste avant celui des étrangers.

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Il existe un autre élément qui détermine l’intimité relationnelle et qui apporte une autre dimension au schéma. Il s’agit de l’ancienneté de la relation. L’ancienneté de la relation apporte une nuance à l’intérieur même d’un cercle relationnel. Elle ne permet pas de voir si un cercle est plus proche ou non du centre, mais ajoute une nouvelle dimension à l’intérieur du cercle.

Plus une relation est ancienne, plus elle est intime au sens de l’intimité relationnelle. Parce que plus nous sommes jeunes, moins nous sommes conscients de nous-mêmes et donc de ce que nous investissons dans une relation, et plus nous investissons dans la relation une part inconsciente de nous-mêmes que l’on aura du mal à démêler.

Le meilleur exemple que je peux donner, c’est le conjoint. Dans d’un premier mariage conclu jeune, on investit une partie de soi que l’on maîtrise peu et qui demandera beaucoup de travail sur soi pour être comprise et dépassée. Une deuxième union bénéficiera de l’expérience de la première et d’une meilleure conscience de soi qui rendra cette relation plus consciente. Ainsi, le détachement avec un deuxième conjoint est plus grand qu’avec un premier. Avec un troisième, il est plus grand qu’avec un second. Dans le schéma ci dessous on pourrait dire que plus la couleur est claire, plus claire est notre engagement, ce qui rend la relation plus saine, facile à vivre au quotidien, pérenne peut-être.

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Il en va ainsi dans tous les cercles. Dans le même cercle que celui du conjoint, on constate souvent que la relation est plus difficile avec le premier enfant qu’avec le deuxième*ou le troisième. Dans le du travail on constate que l’on s’est investi dans nos premiers contrats avec moins de clarté dans notre positionnement que dans les suivants. On s’est fait exploité malgré nous, on a sur-investi un besoin de reconnaissance… Au final le lien caché est plus complexe que la relation de travail on a du mal à rétablir un juste équilibre, se faire reconnaître pour le contenu réel de notre travail, se faire payer correctement… Quand on a connu ce genre de déboire, on s’investit dans les expériences avec plus de sagesse dans les contrats suivants. On est plus conscient et respectueux de notre engagement et relation de travail réelle.

Ainsi, les leçons de vie que nous recevons à travers nos relations suivent deux processus pour nous permettre d’évoluer :

  • L’éloignement de l’intérieur des cercles vers l’extérieur que nous faisons pour apprendre à mieux voir et traiter nos problèmes avec des relations émotionnellement moins fortes,
  • La répétition d’une expérience relationnelle au sein de mêmes cercles qui consiste à nous donner l’occasion de revenir vers le centre avec un engagement plus conscient et plus juste que lors de nos premières expériences.

Chaque fois que nous nous réinvestissons dans le même cercle avec une personne nouvelle, nous nous engageons avec plus de conscience que la fois d’avant. Et nous pouvons ainsi refaire un cycle d’évolution personnel qui nous aide à mettre en application ce que nous avons appris de nous-même.

Cette approche qui donne une dimension en 3D aux cercles relationnels est importante à expliquer car nous avons souvent un sentiment d’échec lorsque nous ratons une première expérience. Comme si nous devions nous conformer à un schéma ou l’échec n’est pas acceptable. Il y a dans la culture que nous subissons de part notre éducation, une idée que la pérennité de la relation apporte une valeur à l’individu. Encore il n’y a pas longtemps, quitter son travail ne se faisait pas, quitter sa femme non plus, et quitter son mari encore moins.

Dans l’absolu, si ont été parfaits et toutes nos relations enrichissantes, tout plaquer pourrait être le signe d’une forme de versatilité. Il me semble que les gens qui s’engagent dans des voies aussi difficiles que le divorce, le changement de travail, le changement de maître, enseignant, thérapeute… ont plus en tête que simplement une forme de légèreté. Ils le font pour pouvoir évoluer. Pour se donner les moyens de recommencer une expérience qu’ils espèrent réussir.

Alors pourquoi avons-nous tellement de jugement négatifs sur le changement des relations? Pourquoi considérons-nous l’échec au lieu de voir le sens de l’évolution ? Peut être parce que nous sommes beaucoup plus intéressés d’être rassurés par nos liens que d’évoluer dans nos âmes.