Il y a dans la nature deux rythmes principaux. Les rythmes binaires et les rythmes ternaires. Les rythmes binaires sont décomposés en 2 et ses multiples : 4, 6, 8…. A la base, le binaire décrit une dualité, une forme d’opposition qui peut devenir conflictuelle. Les rythmes ternaires décrivent, eux, une relation beaucoup plus douce et harmonieuse. Le ternaire a toujours décrit des formes d’harmonie universelle comme les trilogies « Père, fils et Saint esprit » des chrétiens, les triades druidiques, la triade Indou… que l’on retrouve dans la plupart des tradition spirituelles.

Dans nos relations, nous avons la possibilité de vivre de manière binaire, ce qui mène au conflit, ou de manière ternaire, ce qui permet de retrouver l’harmonie.

Un exemple récent de consultation de coaching m’a donné une illustration de la manière dont on peut rechercher cette harmonisation dans nos relations. Il s’agit d’une personne au caractère empathique qui avait tendance à se soumettre aux exigences des personnes très demandeuses autour d’elle. Elle adoptait une position de sauveur et se soumettait à l’exigence des autres qui se positionnaient en victimes. Son schéma ancien était celui-là :

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En se positionnant pour retrouver son intégrité, cette personne est entrée dans une autre forme de relation où elle ne voulait plus se soumettre. Son opposition aux exigences lui a fait expérimenter la tension du conflit. Son caractère empathique la rend sensible à la frustration du demandeur. Cette perméabilité au mal être de l’autre crée une culpabilité de ne pas pouvoir le combler, ni le satisfaire. Elle se trouve alors en conflit avec elle-même et avec l’autre qui exprime sa frustration.

Le demandeur, de son côté ne comprend pas pourquoi il est soudainement privé de son soutien dans ses demandes. Il considère le refus de se soumettre à ses exigences comme un affront illégitime. De sauveur qui acceptait toute les demandes, l’empathique devient alors aux yeux du demandeur un bourreau. Le demandeur se sent toujours victime, abandonné. La situation change et génère une difficulté conflictuelle qui oppose une exigence d’aide à un refus d’aide.

Ce genre de situation conflictuelle peut durer des jours, des mois, des années et même se transmettre de génération en génération. L’opposition est la racine de tous les conflits et dans tous conflits il y a une demande qui est insatisfaite à un moment donné. « Je veux ton argent, ta gloire, ton terrain, ton territoire, ta femme, ton intelligence, ton succès, ton travail… » Et l’autre ne veut plus donner.

La plupart du temps, ce qui crée les conflits c’est qu’on lutte pour avoir ou refuser de donner. On essaie d’opposer une force plus grande pour être vainqueur. La force d’exigence d’un côté, la force de résistance de l’autre. Aucune de ces forces ne peut aboutir à la paix ou ni au contentement. Ce sont les racines relationnelles des conflits qui ne se résolvent jamais. Chacun se retrouve face à une difficulté et projette sur l’autre qu’il en est la cause. 

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Le seul moyen de résoudre un conflit est de sortir de l’opposition et d’adopter une attitude impersonnelle, de sortir de la relation binaire et d’entrer dans une relation ternaire. Cela ne garantira pas que l’autre fera par écho le même effort dans le même temps, mais cela fera sortir du conflit celui qui le décide. Il n’est pas nécessaire que l’autre agisse de même pour sortir d’un conflit. Les conflits finissent par disparaître quand on agit totalement hors de la relation conflictuelle même si l’autre n’est pas d’accord et veut poursuivre la lutte. Si on est persévérant. Le lutteur se lassera et ira chercher un autre partenaire pour poursuivre sa lutte.

Au bout d’un moment, les acharnés s’épuisent ou change de cible quand il se rendent compte que leurs demandes et attaques successives ne portent pas leurs fruits, qu’elles n’ont plus de pouvoir de nuisances sur l’autre, mais qu’au contraire, elles renforcent sa maîtrise de la situation. Le même principe se retrouve dans l’art de l’Aïkido. L’Aïkido apprend à décourager l’assaillant par l’épuisement grâce à la maîtrise de soi, une maîtrise dans laquelle l’assailli apprend à se repositionner immédiatement et instantanément.

Voyons ce que cela donne dans notre cas. La question est : « Comment adopter une position impersonnelle? » Pour adopter une position impersonnelle, il est d’abord important de reconnaître la raison pour laquelle on lutte dans la situation. Ce qui nous maintient dans la lutte est une part d’ombre, notre part d’ombre. Mettre de la lumière sur la situation nous désengage de la situation.

Pour l’empathique, il est important qu’il reconnaisse qu’il est impuissant à satisfaire l’autre. Sa part d’ombre réside dans sa croyance qu’il peut tout aider, tout satisfaire. Il y a des demandes qu’on ne peut pas satisfaire. La reconnaissance de ce fait permet à l’empathique de ne plus avoir à opposer un refus dans lequel il s’était personnellement impliqué. Il peut se reconnaître et s’aimer à nouveau en acceptant sa nature. Il peut se réconcilier avec lui-même en adoptant une attitude qui est conforme à son tempérament. Il peut se sentir désolé pour l’autre de ne pas pouvoir le satisfaire. Ce faisant, en étant sincèrement désolé, il reconnaît le manque chez l’autre au lieu de s’y opposer. La désolation sincère est la positon impersonnelle chez lui.

Le demandeur a lui aussi à reconnaître, s’il veut sortir du conflit, son impuissance. La sienne est une impuissance à se satisfaire lui-même. C’est sa part d’ombre. Il se croit impuissant. Cette insatisfaction le met en dépendance des autres qu’il croit supérieurs à lui, mais sans le dire, ni le reconnaître. Il exige qu’on satisfasse ses besoins parce qu’il se sent inférieur et incapable de le faire lui même. Sa dépendance aux autres est une croyance que les autres ont plus de capacité, plus de chance, plus d’amour, plus d’argent, plus de soutien… et qu’il est injuste qu’il n’en ait pas autant. Il réclame son « du ». Tant qu’il perpétue cette attente il reste dans la dépendance et souffre. Pour en sortir, il lui faut reconnaître sa dépendance qui est en fait un grande dépréciation de lui-même. Quand il admet sa dépendance et sa dépréciation de lui-même, il peut alors adopter une position impersonnelle dans laquelle il reconnaîtra la justesse de ses besoins mais cette fois en s’en estimant digne. Cette dignité retrouvée lui permettra de s’aimer à nouveau. Il exprimera alors, non plus son besoin que quelque chose lui revienne à lui, mais son pouvoir de l’obtenir par lui-même.

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Pourquoi ces positions sont impersonnelles? On pourrait considérer que « Se sentir digne d’être comblé » et « Etre désolé pour l’autre » sont des positions très personnelles. En fait non. La sincérité dans ces deux cas nécessite de faire un acte de foi très profond dans lequel on s’en remet à plus grand que soi. Sans cette intention pure, cela ne marche pas.

Il ne s’agit pas de se persuader qu’on est digne en se répétant tous les matins devant la glace « Miroir mon beau miroir, dis moi que je suis digne d’avoir ce que je désire, d’être aimé, d’avoir de l’abondance ».

Il ne s’agit pas de se dire désolé que l’autre soit frustré et de lui tourner le dos en se disant qu’on en est bien  débarrassé et que cela ne nous concerne plus.

A ce stade, ces paroles sont des discours théoriques de thérapeutes qui élèvent le conflit dans le mental et qui ne fonctionnent pas durablement. L’ego se renforce, mais l’être se perd.

Seuls l’intention pure et l’acte de foi d’une position impersonnelle sincèrement profondes font réellement sortir du conflit. Le reste n’est que du blabla.

Un empathique ne peut être en paix avec lui-même quand il est  désolé pour quelqu’un qu’il ne peut satisfaire que si il a la foi dans le fait que la situation de cette personne est juste pour elle-même, qu’il s’agit de l’expression d’un plan profond de l’existence, que quelque chose ou quelqu’un veille sur cette personne et qu’il a foi en cela. Alors être désolé devient une pensée d’accompagnement pleine d’amour.

Un être en demande ne peut être en paix quand il se déclare digne d’être comblé et de recevoir ce qui lui a manqué tant qu’il n’a pas la foi profonde que quelque chose ou quelqu’un plus puissant que sa volonté veillera à combler chacun de ses désirs et qu’il s’agit de l’ordre naturel des choses. Quand il sera touché par cette foi, alors ses demandes deviendront des actes de foi si puissant qu’il sera comblé au delà de ses attentes.

La solution des conflits est toujours lié à l’abandon des revendications personnelles, à la reconnaissance de son impuissance, et à l’adoption d’une position impersonnelle dont le principe est d’apprendre à faire acte de foi dans le processus de la vie. 

Vous pouvez essayer d’échapper au conflit sans passer par cela, cela ne marche pas, n’a jamais marché, et ne marchera jamais.

Aucun ego ne gagne jamais durablement la paix, le bonheur, la joie.

Aucun être en paix, heureux et en harmonie avec les autres vit sans foi.