Je suis en train de commencer la rédaction d’un ouvrage sur l’Aïkido et dans mon chapitre d’introduction j’ai repris et développé une réflexion que je porte depuis longtemps sur les différentes stratégies de défense dans le monde animal. En observant le monde animal, on peut identifier des archétypes de défense que l’on retrouve dans le comportement humain. C’est en cela qu’il intéressant d’étudier ces archétypes. Nous avons tendance à fonctionner suivant ces archétypes en oubliant notre propre nature. Je pense que ces archétypes transmettre quelque chose sur la nature humaine et la manière de l’éduquer pour être heureux.C’est pourquoi j’ai eu envie de les partager ici. Les voici.

La nature a développé chez les animaux trois physiologies principales : les animaux à corps mous tels que les organismes unicellulaires, les vers et les limaces; les animaux à carapaces tels que les insectes et les crustacés, et les animaux à colonne vertébrale comme les mammifères les poissons et les oiseaux. Entre ces trois grandes catégories on peut distinguer des catégories intermédiaires. Des animaux ont un corps mou sans squelette, partiellement couvert d’une coquille ou d’une carapace qui reste ouverte sur l’extérieur (les tortues et les coquillages), d’autres ont un squelette rudimentaire qui limite leur mouvement dans leur milieu tels que les serpents… Ces catégories sont des catégories intermédiaires. Les trois principales catégories suffisent à démontrer l’étendue des possibilités de défense qui s’offre à la nature et à l’être humain pour se prémunir des agressions du monde extérieur. Chaque type dispose d’un système de défense et de survie différent, plus ou moins évolué.

Les animaux à corps mous ont une défense rudimentaire passive. S’ils tombent ou si on les frappe, leurs corps absorbent les chocs. Leurs organismes sont souples et déformables. Ils ont en général une faible capacité de mouvement car ils n’ont pas de structure solide sur laquelle exercer une pression musculaire permettant de construire un mouvement précis, rapide et agile. Ils sont donc lents, peu mobiles et comptent sur leur souplesse et leur élasticité pour se sortir des mauvais pas. Ils sont très pacifiques dans leurs comportement et aussi très vulnérables. Ils n’ont pratiquement aucun moyen de défense active, de protection ou de fuite face à un agresseur ou une agression violente. Leur survie est liée à leur capacité à ne pas se faire remarquer et à absorber les chocs et les agressions. Pour survivre, certains de ces animaux ont même développé une capacité à se régénérer à partir d’une partie d’eux-mêmes. Un vers de terre coupé en deux survit et a la faculté de faire repousser une partie de son corps mutilées. Mais ce système de survie confine quand même la plupart de ces animaux à corps mous à vivre sous terre, dans des trous, des recoins sombres et peu accessibles, à l’abri du regard des prédateurs. Les êtres humains qui adoptent ce système de défense sont des êtres très sensibles qui ne savent pas comment gérer l’agressivité des autres et essayent de l’absorber. Ils s’entourent souvent d’un embonpoint protecteur qui recouvre leur corps et protège leurs organes des atteintes extérieurs ou ont un corps très fin et ont des articulations très laxe, avec une tenue non chalante, indolente. Leur morphologie ou leur tonicite musculaire réduit leur mobilité et leur capacité de réaction. Ils adoptent souvent une attitude de repli sur soi et ont plutôt tendance à vivre une vie secrète à l’abri des critiques et des jugements que leur hypersensibilité pacifique supporte mal.

Les animaux à carapace ont développé un système de défense plus adapté à la vie à l’extérieur. Ils se sont dotés d’un squelette externe qui les protège comme une cuirasse. Ainsi protégés, ils peuvent s’aventurer dans la nature sauvage en étant protégé des nombreux chocs et agressions de leurs ennemis.
Leur carapace fonctionne comme un squelette externe qui maintient toute leur structure et leur donne une rigidité. Cette rigidité donne des appuis sur le sol qui permettent de se mouvoir rapidement et puissamment, de courir, sauter… Chez beaucoup de ces animaux, la rigidité de la carapace a permis de développer des excroissances qui sont devenues de redoutables armes, puissantes, tranchantes et coupantes comme les pinces de crabes.
Ces animaux ont développé les premiers comportements agressifs que les animaux à corps mous n’ont pas développé. Ils ont appris à se battre entre eux ou entre espèces pour dominer et se protéger de la domination. Les batailles de scarabées ou de fourmis sont courantes. Les batailles de vers de terre n’existent pas. Les animaux à carapace ont donc développé un corps qui leur permet de s’aventurer dans le monde en se protégeant des agressions et en étant muni d’armes puissantes.
La carapace, si elle peut absorber beaucoup de chocs, a aussi deux fragilités principales :
1- elle limite le mouvement et l’agilité car les articulations externes, comme les pinces ou les pâtes d’un crabe, sont bloquées dans la plupart des directions. Certains animaux à carapace, une fois sur le dos, ne peuvent se retourner pour faire face à un danger ou le fuir.
2- lorsqu’un coup violent dépasse la capacité de résistance de la carapace, celle-ci se brise et ne sait pas se réparer. Cette faiblesse entraîne la perte d’un membre ou la mort de l’animal si une zone vitale est touchée.

La carapace est un système plus évolué que les corps mous pour le combat, mais il reste fragile et insatisfaisant dès que l’adversaire est supérieure en force ou en agilité. Il est par exemple très facile de se saisir d’un crabe ou même d’un scorpion sans qu’il ne puisse rien faire pour s’échapper ou se défendre, si on connaît les parties de son corps qu’il ne sait atteindre avec ses armes. Les animaux à carapace, plus aventureux que les animaux à corps mous, sont quand même assez méfiants et recherchent le plus souvent à se mettre à l’abri dans des terriers, des trous, sous des pierres quand ils vivent en solitaire. Pour se protéger, ils choisissent aussi de se constituer en colonies très nombreuses (termites, fourmis…) qui deviennent de véritables armées. Les humains qui adoptent ce système de défense on tendance à se rigidifier. Leur corps est sec, compact, souvent massif, quelque fois massif et ramassé. Ils manquent de souplesse et ont tendance à rechercher l’endurcissement dans leurs relations plutôt que l’échange et l’écoute. Ils leur en faut beaucoup pour être ébranlés tellement leur sensibilité est enfouie, mais quand ils craquent, ils semblent désemparés et sont sujets à des états dépressifs dont rien ne semble pourvoir les sortir.

La troisième catégorie d’animaux est celle des animaux à squelette interne. C’est le cas des mammifères, oiseaux, poissons, reptiles. Ces animaux ont un squelette interne. A l’extérieur, ils sont protégés par une peau fine recouverte de poils, de plumes ou d’écailles. Ces animaux sont agiles, véloces, rapides. Ils ont la capacité de se retourner, de retomber sur leur pâtes. Chacun dans son espèce a développé des qualités athlétiques correspondant à son milieu pour, soit attaquer ses proies, soit fuir ses assaillants. S’ils reçoivent un coup sévère, le squelette de ses animaux est le plus souvent protégé par la masse musculaire qui, contrairement aux carapaces, peut se réparer seule après avoir été endommagée. Ces animaux vivent pour la plupart au grand jour. Ils sont tellement sûrs d’eux et de leur qualités athlétiques qu’ils peuvent même côtoyer de près leur prédateurs. Ils ne s’en éloignent qu’en cas de signe d’agressivité. Les prédateurs comme les agresseurs comptent sur leur rapidité, leur vigilance, leur force et leur agilité pour leurs survies. Dans certains cas, ils se regroupent en troupeau pour faire corps. La plupart du temps on remarque qu’à se stade de développement du règne animal, l’agressivité n’est déclenchée que par la nécessité, cette de manger, se défendre ou de se reproduire. En dehors de la nécessité, l’animal n’attaque pas.

Cet archétype est celui de l’être humain épanoui. Les personnes qui développent cet état sont confiantes, paisibles et en même temps vives et joyeuses. Leur vigilance et leur physiologie les rendent aptes à ressentir leur environnement et à réagir pour se préserver et préserver la vie autour d’eux.

Le règne animal avec ses modèles nous montre que l’état de pacification de l’être humain est une synthèse des deux premières stratégies de défense qui sont en fait des archétype des énergies masculines et féminines :
1 – Les animaux à corps mous, sont un archétype de défense féminine. Ils sont tout en réceptivité et en passivité, une réceptivité qui les confine à vivre dans l’ombre et à éviter toute agression ou à développer une enveloppe qui absorbe l’agressivité. Leur énergie est réceptive, ils prennent les coups mais ont très peu d’action sur leur propre existence et environnement.
2- Les animaux à carapace sont un archétype de défense masculine dans une forme qui consiste à faire de son corps une armure et des armes pour le combats, la guerre, l’agressivité et la domination.

On a donc deux modalités d’existence, l’une excessivement réceptive et l’autre excessivement agressive qui représentent les deux premiers développements des structures biologiques de défense. La vie des animaux qui se métamorphose est de ce point de vue assez intéressante car elle représente une mutation d’un système de défense à l’autre. Les larves à corps mou qui ont rampé pour se nourrir se métamorphosent en insecte à carapace, même fragiles et fines comme celles des papillons.

3 – le troisième type animal représente un principe d’intégration des deux premiers principes, le principe de souplesse, réceptivité de la larve et en même temps le principe de structure, d’action et de mouvement du crabe dans un nouveau principe qui intègre les qualités des deux premiers pour développer la capacité de vivre au grand jour, à l’air libre et finalement en paix. Aucun des deux premiers principes ne suffit à s’harmoniser à la vie de manière paisible. C’est l’harmonisation des principes féminins et masculins entre eux qui développe l’harmonie.

Et l’homme dans tout cela? L’homme est un être basé essentiellement sur une structure à squelette interne, comme les mammifères. Mais ce n’est pas parce qu’il est doté de cette structure qu’il va se comporter en harmonie avec elle. Ce que l’animal fait par instinct, l’homme doit le faire par choix.

L’homme peut manifester des comportements d’excessive agressivité par rapport au monde animal et se mettre en guerre, comme il peut, au contraire, devenir peureux et apathique comme une larve. L’homme est un être plus complexe que sa structure biologique. À la différence des animaux, l’homme dispose d’un fonctionnement basé principalement sur ses émotions, ses ressentis. Si bien que devant la peur il peut choisir, en fonction de ses inclinations psychologiques et émotionnelles, de développer une défense de type larve, crabe ou lion. Il peut même adopter l’une de ces trois attitudes suivant la situation et le type d’agression qu’il rencontre. Mais il développera souvent un archétype de fonctionnement général, une stratégie de défense principale qui est au départ un choix de son psychisme, et se traduit lors de son développement physique sur son corps.

L’homme est l’animal qui naît avec le corps le plus incomplètement formé. Les bébés gnous qui ont besoin de très vite se déplacer pour suivre le troupeau, naissent avec un corps capable de marcher au bout de quelques minutes. Il faut un an au petit humain pour commencer à se mouvoir debout.
Le développement imparfait du bébé humain donne à ce dernier une faculté impressionnante de modelage de son corps pendant sa vie qu’aucune autre espèce animale ne peut atteindre. Ce modelage commence probablement dés le plus jeune âge stimulé par l’environnement extérieur. Certains humains qui choisissent principalement une stratégie de défense passive développeront un corps plutôt gras et mous tandis que ceux privilégieront une défense agressive développeront un corps compact et rigide.
Ces deux attitudes que nous avons tous plus ou moins en nous nous handicapent. Bien sûr il s’agit là d’archétypes grossier. On trouvera chez des personnes enrobées des comportements agressifs et chez d’autres aux corps secs et massifs, des comportements apathiques;

L’être humain est fait pour se tenir debout, dans la lumière, tout en maîtrisant le danger de son environnement sans entrer en guerre contre ses potentiels ennemis. C’est un mammifère qui doit apprendre à maîtriser ses émotions pour utiliser son corps à bon escient dans une dynamique à la fois vigilante et paisible.