Partir seul à l’étranger est une expérience qui nous met face à nous-mêmes, dans des conditions qui nous permettent de faire le point sur la réalité de nos peurs et de nos croyances sur l’existence. Dans notre quotidien, nous avons tout un tas de béquilles comportementales que nous utilisons pour ne pas avoir à faire face à ce qui nous dérange et nous fait peur. On se débrouille pour que tout rentre dans un connu quotidien. On évite de croiser le regard des gens qu’on juge trop étrange(r), on évite certains quartiers, on évite certains voisins qui on l’air trop comme ceci ou trop comme cela, on évite sa belle-mère, son collègue de bureau, son cousin, même dans la maison on sait comment éviter son conjoint et ses enfants (vous savez les longs séjours dans la salle de bain ou au toilettes). Dans notre quotidien, on a des repères partout pour se cacher, pour éviter les situations qui nous dérangent et réveillent nos peurs.

Partir seul à l’étranger, dans un pays où on ne connaît pas la langue, où les coutumes sont différentes, où on est différent et où notre différence se remarque est, je pense, une expérience similaire à naître sur Terre. On vient d’un univers connu où on se sentait en sécurité et on débarque tel un extraterrestre en terre inconnue. Là on est vulnérable. Il n’y a pas d’évitement possible. Il va falloir faire face à ce qui se présente. Et cela commence dès le début du voyage.
Il nous faudra survivre avec nos moyens. On ne sait rien de l’accueil ou de l’hostilité des habitants. Est-ce que ce regard signifie quelque chose de positif ou de négatif? Je n’en sais rien. Je ne comprends pas. Je dois sentir. Et avant toute chose, choisir de me sentir bien ou de me sentir mal. Si on ricane dans mon dos, est-ce parce que j’ai fait quelque chose d’inconvenant? Ou est-ce des gens qui plaisantent entre eux? 99 fois sur 100, ce sont des gens qui plaisantent entre eux, mais nos peurs nous entraînent souvent dans des interprétations fausses. Nous avons le choix de croire nos peurs et de paniquer ou d’écouter nos peurs pour voir qu’elles sont infondées. Notre seul ressenti saura faire la différence.

Quand on est bébé, on est à la merci des adultes. Quand on débarque à l’étranger, on est à la merci des autochtones, de leurs coutumes, de leurs lois, de leurs appétits, de leurs opinions et jugements sur nous. On retrouve une partie de ce dénuement. Et donc on retrouve forcément nos peurs de tout petit enfant. Voilà pourquoi partir à l’étranger est si important. Cela permet de faire le point sur nous-mêmes sans se voiler la face à l’aide de toutes les habitudes et de tous les trucs et astuces que nous avons bricoler pour ne pas réveiller nos peurs.

On a alors le choix de se sentir mal ou de se sentir bien. D’avoir peur de la situation ou de se sentir en sécurité au fond de soi. De se dire : « Ceci n’est qu’une peur, en réalité, personne ne me remarque vraiment. Je suis bien ici et le paysage est magnifique. » Cette sensation vient moins de la réalité de l’étranger que de soi-même. C’est ce que l’on peut expérimenter quand on part seul à l’étranger.

Certains reviendront avec un récit épouvantable de leur voyage, d’autres avec un récit émerveillé et enchanté.

Partir c’est renaître. C’est une expérience très enrichissante qui nous permet de faire le point avec soi-même pour savoir où on est est vraiment de nos peurs de nos craintes, de nos stress. Celui qui ne part pas régulièrement, en réalité, ne sait pas vraiment où il en est.

Débarquer seul à l’étranger dans un endroit que l’on connait mal, devoir faire un périple entre les douaniers, les taxis, les hôteliers, les loueurs, les passants, les passsagers… réveille chez chacun des occasions de voir ses blessures d’enfant. A l’étranger on est vulnérable.
Et c’est cela qui est bien. Cette vunérabilité. Elle nous permet de vivre des situations qui nous mettent face à nous-mêmes. De faire le point sur notre état réel d’indépendance morale, de confiance en soi. On y fait des expériences où on se dépasse et le quotidien devient tellement simple à côté.

Le cercle de l’étranger est le 7ième cercle d’intimité relationnel. Il est important de s’y frotter tôt ou tard. Sans cette expérience, il est rare que l’on puisse vraiment savoir où on en est avec soi-même. Partir seul est d’une certaine manière l’étape ultime. On peut d’abord choisir de partir accompagné. Le fait de se retrouver seul à l’étranger devient plus tard l’expérience qui nous met profondément face à nous-mêmes.