Les habitudes culturelles et éducatives veulent que nous consacrions un temps à chaque chose, que nous soyons capables de déterminer quand cette chose commence et quand elle se termine bien à l’avance, que nous puissions déterminer et maîtriser notre temps comme si notre vie était une suite d’actions linéaires dont il fallait, pour bien la vivre, savoir simplement aligner et planifier toutes les taches.

Il se trouve que la vie ne fonctionne pas du tout comme cela. On pense à notre déjeuner de midi sous la douche, à notre réunion de l’après midi dans le train, à notre conjoint pendant les réunions ennuyeuses…

Nous ne sommes pas, malgré notre tentative de tout mettre en règle suivant des plannings linéaires, des êtres linéaires. Nous fonctionnons plus en cercle ou en cycle qu’en ligne droite.

Les informations ou les inspirations que nous recevons tombent à tout moment de la journée sans que l’on est prévu dans nos jolis plannings linéaires de les traiter. Par exemple, je n’avais pas prévu d’écrire aujourd’hui et deux concours de circonstance me permettent de le faire, un rendez-vous raté qui me donne du temps, un rendez-vous précédent qui m’a inspiré cette réflexion.

Dans ce fameux rendez-vous précédent, je discutais avec une personne qui disait qu’elle s’y prenait souvent à la dernière minute pour organiser ces départs en vacances et que du coup elle stressait d’oublier quelque chose. Je lui ai proposé d’apprendre à faire des listes avant que les événements ne soit là pour profiter, et de noter un mois avant son départ, toutes les bonnes inspirations que lui donnera la vie pour penser à tout ce qu’elle doit préparer.

J’ai une liste de course sur le frigidaire. Quand quelque chose vient à manquer, ou quand je pense à quelque chose qui manque, je le marque tout de suite. Je ne fais jamais de liste de course, elle se fait toute seule. J’ai mis du temps à mettre en place ce système et à lui faire confiance. Mais ça marche.

La plupart du temps, on ne prend pas le temps d’écouter nos inspirations, ni de les noter, ni le temps de traiter les informations que l’on reçoit. On se dit que ce n’est pas le moment parce qu’on habitué à réfléchir à une chose à la fois, ou alors, on se fait happer par quelqu’un qui nous demande quelque chose et on perd cette précieuse information, ou encore on est plongé dans quelque chose qu’on a mis au dessus de tout le reste et on n’écoute pas nos informations et nos inspirations du moment présent.

Je suis persuadé que cet excès de concentration et cette vision linéaire de l’existence sont des sources gigantesques d’inefficacité et de perte de temps. Quand il faut se concentrer pour faire la liste des courses, faire le tour des placards et du frigidaire pour se souvenir ce qui manque, en général on oublie l’essentiel, et on perd un temps fou. Il est si simple de noter « PQ » sur une feuille quand on arrive (presque) au bout du rouleau.

Traiter l’inspiration ou l’information tout de suite demande à vivre dans le moment présent. Cela parait simple, mais vous observerez que peu de gens le font réellement. On croit toujours que l’on doit affecter son attention à une seule tache à la fois et on néglige le reste.

Si une réunion traite d’un sujet A on ferme ces oreilles aux informations sur le sujet B. Pas de chance, c’est le sujet qui revient sur la table quelques mois plus tard et il faut refaire une réunion pour le traiter. La maman trop occupée à faire le biberon de son petit qui crie famine oublie de noter qu’elle vient de finir la boite de lait. C’est au prochain biberon qu’elle se rendra compte que ces 30 seconde pour noter l’information sur la liste de ses courses n’était rien. La très bonne idée qui nous vient comme un éclair de génie et que l’on ne note pas parce que ce n’est pas le moment s’évanouit deux heures plus tard et on rage de ne plus s’en souvenir…

Nous avons toujours une bonne excuse de ne pas vivre l’instant présent. Peut-être avons nous peur d’être considérés comme incohérents si nous nous mettons à noter quelque chose en pleine réunion au moment ou personne ne parle, si nous donnons l’impression de changer de sujet ou d’activité, si nous ne faisons pas au plus vite ce que l’on attend de nous. Pourtant, lorsqu’une information ou une inspiration importante nous vient, il est capital de s’en saisir et de la traiter. Bien sûr il ne s’agit pas de se laisser disperser par tout, tout le temps. Il s’agit d’être disponible au moment présent à ce que nous vivons pour le traiter au mieux.

C’est la même chose pour l’organisation et le rangement. Il n’y a rien de plus pénible que de se dire qu’il va falloir un jour planifier du temps pour organiser et ranger ses affaires. Quel plaie ! Qui voudrait consacrer des heures à cela ? Mais si on est attentif on se rend compte que tout se fait tout seul sans effort. On a des occasions constantes de remettre une affaire à sa place, une autre à la poubelle en passant constamment devant le bon tiroir ou la poubelle plusieurs fois dans la journée. Il n’est pas utile ni productif de programmer du temps pour le faire. Le plus important est de rester attentif à ce qu’il y a autour de soi, et de traiter les choses quand elle se présente à nous sans attendre.

Que ce soit l’inspiration de l’année, l’information à ne pas oublier ou la chaussette qui traîne, notre perception du temps linéaire et notre manque d’attention au moment présent nous rend inefficace et nous fait croire qu’il faut consacrer du temps alors que tout ce qui se fait dans le présent se fait plus vite et mieux.

La vie c’est l’instant présent. La croyance qu’il faut tout traiter dans des plannings linéaires cristallisent  le mouvement de l’existence dans une gangue trop rigide qui ralentit tout et casse le dynamisme.