Récemment en consultation, j’expliquais le mécanisme des cercles relationnels à une personne venue me voir pour étudier son positionnement professionnel.

Le besoin ici, était de s’émanciper de l’attente des proches pour se lancer dans son avenir professionnel. Une fois cette compréhension acquise, il s’interrogea sur la manière de s’émanciper de cette attente : « il faudrait que n’éloigne ces personnes de ma vie? »

J’ai noté cette phrase mot à mot pour pouvoir la reprendre et expliquer tout ce qu’elle contenait en germe.

Lorsque l’on s’éloigne des personnes d’un cercle proche, le but n’est pas de se mettre en colere our de un rejeter l’autre, mais de reprendre ce que l’on a investi qui nous maintien dans une attitude ou relation infantile pour retrouver son intégrité dans ses propres choix, désirs, décisions…

C’est le cas d’un enfant qui quitte le foyer de ses parents pour vivre avec un partenaire. Il se détache d’une relation quotidienne qui le nourrissait affectivement, pour investir son besoin affectif autrement avec un partenaire. Il n’a pas besoin de rejeter l’amour de ses parents pour cela. Mais il est clair que s’il attend une réparation affective de ses parents ou s’il se laisse envahir par un amour parental intrusif, il aura du mal à s’investir affectivement dans son couple.

Lorsque les parents sont envahissant affectivement, ou lorsque l’on attend d’eux quelque chose que l’on n’a pas obtenu petit, ce lien devient une entrave à la création d’un nouveau lien et on a naturellement tendance à vouloir rejeter ou éloigner l’objet de ce lien qui empêche de s’investir pleinement dans la relation avec son partenaire.

Repousser ses parents n’est pas un éloignement responsable. Cela reste une manifestation d’attachement profond avec une tentative désespérée de s’émanciper. Si on repousse les parents, c’est que l’on n’est pas prêt à se détacher d’eux, de ce que l’on attend d’eux, de leur autorité, et de la rassurance qu’ils nous apportent. Vouloir repousser est la manifestation d’une colère contre le lien qui nous lie a eux. Ce n’est pas une manifestation d’indépendance vis à vis de ce lien.

L’image des cercles est très fonctionnelle pour expliquer cela. Si on veut repousser les parents pour pouvoir vivre quelque chose librement avec son partenaire, conjoint… cela consiste à tenter de mettre les parents dans un cercle supérieur, le cercle de nos amis par exemple. Cela ne marche pas. Inconsciemment, nous serons toujours plus impliqué émotionnellement avec des personnes des cercles inferieurs (nos parents) qu’avec des personnes de cercles superieurs (dans cet exemple notre conjoint ou nos amis).

L’éloignement des parents pour vivre quelque chose librement avec son conjoint ne consiste pas à tenter d’éloigner les parents, mais à apprendre à s’éloigner ou se détacher du lien infantile qu’on a avec eux.
Cela implique un renoncement.

Si on a du mal à se détacher des parents, c’est aussi parce que l’on maintient dans cette relation dans un état d’enfant et qu’on a du mal a entrer dans un état d’adulte. On est sensible à ce que les autres nous apportent ou nous ont apporté, à leur amour, à leur soutien et à ce que l’on attend d’eux. Mais cette relation et cet attachement, tant qu’ils demeurent au niveau infantile, ne permet pas de grandir dans une relation affective avec un partenaire. Il est nécessaire de renoncer aux bénéfices ou aux attentes de la relation infantile pouvoir s’investir dans la relation de couple.

Bien sûr, on fonctionne tous de manière un peu bancale avec des renoncements plus ou moins faits et des investissements plus ou moins réels avec nos partenaires. Il ne s’agit pas de dire que tout doit être parfait du premier coup, sans quoi rien ne pourrait exister ni démarrer tellement il peut être effrayant de renoncer à des liens aussi forts.

Mon propos est d’étudier la dynamique. Je la résumerai ainsi.
L’émancipation de l’individu passe par le fait de s’éloigner des cercles relationnels les plus proches pour expérimenter de nouvelles relations. Cet éloignement s’accompagne d’une forme de renoncement aux bénéfices ou aux attentes infantiles des relations avec les personnes des cercles inférieurs. Ce renoncement est la condition nécessaire pour ouvrir, débloquer, permettre l’investissement de la personne dans les cercles relationnels supérieurs.

Quand on a du mal à faire ces renoncements, on cherche à se détacher des autres en les repoussant. Mais il s’agit en fait d’une manifestation négatives de notre amour et de notre attachement pour eux.

Le travail sur soi consiste alors à prendre conscience que les attentes des autres sur nous ou les nôtres sur eux sont une manifestation d’amour qui inclue une forme de dépendance.

L’émancipation de soi risque de détruire cette amour / dépendance. Il est obligatoire d’en accepter le risque si l’on veut s’émanciper. L’amour pur que l’on a pour nos proches et qu’ils ont pour nous ne pourra pas être atteint réellement par des choix de vie différents et une émancipation de soi.

Le problème qui demeure toujours est celui de savoir ce que la relation adviendra quand on aura enlever tout lien de dépendance infantile.

Personne ne peut dire à l’avance si s’émanciper entrainera une purification de la relation ou bien un drame et une déception. Seule l’expérience de s’émanciper peut donner une réponse à cette question. Et la réponse à cette question est la vraie raison de nos peurs. « Et si le prix de mon indépendance était la perte de l’amour de mes parents (conjoint, enfants…) ? »

Seule l’expérience de tenter d’être qui nous sommes peut nous apporter une réponse à cette question.

Et bien souvent notre peur est plus grande que la réalité.