L’autre jour, je conversais avec une femme de son envie professionnelle profonde. Elle ne supporte plus sa vie professionnelle actuelle et souhaite vraiment en changer. Elle avait bien identifié ce qu’elle avait envie de faire. Son désir d’activité professionnelle était clair, profond, mais atypique et non conventionnel et elle n’arrivait pas à le faire entrer dans le concret de son existence, dans l’action.

Je lui demandais comment elle comptait s’y prendre pour se rapprocher de cette envie si profondément ancrée. Elle évoqua d’abord un projet compliqué qui impliquait un bouleversement complet de sa vie actuelle. En grattant un peu par quelques questions, elle s’est rendu compte que ce projet n’était pas réalisable pour le moment. Pourtant, son esprit avait formulé ce projet titanesque et finalement infaisable, comme première action possible pour se rapprocher de son envie la plus profonde.

Je lui demandais quelle autre action elle pouvait envisager pour avancer vers son envie profonde. Elle évoqua un stage qui était parfaitement en conformité avec son envie. Mais elle objecta que le stage était trop cher. Je lui demandais combien. « 220 € pour un w-e complet », me répondit-elle. Cela semblait pourtant assez modeste pour réaliser l’envie de sa vie. Je grattais un peu plus pour savoir ce qui lui donnait l’impression que cette action était inabordable. En fait, elle envisageait aussi de faire une autre formation, beaucoup moins en relation avec son envie profonde et qui coûtait, elle, 2000 €. Son esprit avait placé la formation à 2000 € en priorité et rendu irréalisable, son rêve à 220 € qui était devenu hors budget.

C’est incroyable comment l’esprit fonctionne, et ce que nous sommes capables de bricoler sans nous en rendre compte, pour éviter de s’engager dans notre vraie voie. Quitter un monde rassurant d’habitudes et de repères conventionnels est difficile. Nos esprits n’acceptent pas facilement de lâcher prise et d’aller vers cet inconnu que notre volonté la plus profonde désire réellement.

En fait, l’esprit a peur de s’aventurer dans les nouvelles voies. Pour éviter de les atteindre, il est capable d’inventer des projets irréalisables, ou des fausses priorités qui rendent impossible, hors budget, hors d’atteinte, la réalisation des actes les plus simples qui nous mènent vers nos désirs profonds, comme s’inscrire à un stage de 220 €.

Nous faisons tous cela. Et nous ne nous en rendons rarement compte. Nous ressentons ce que nous voulons être, mais au moment de faire des choses, notre esprit limité et craintif reprend la main et concocte tout un écran de fumée d’actions incohérentes qui nous éloignent de nos rêves et de nos désirs réels. Ce sont des protections inconscientes contre notre peur de réussir ou notre besoin de prendre du temps pour se préparer à vivre notre réalité.

Au cours de cette conversation m’est venue une compréhension plus profonde de la nature humaine que l’on retrouve dans les trinités « âme, esprit, corps », « pensée, parole, action », « moi, surmoi, ça »… Je me suis rendu compte que nos désirs profonds étaient les messages de nos âmes, que notre esprit plein de peur embrouillent, et qui finalement ne rentrent pas dans le concret de la matière et du corps. Et c’est ce qui nous rendait malheureux.

C’est ce manque de cohérence entre ces trois parties de notre être, l’âme (ou les désirs profonds), l’esprit (qui maintient ses croyances dans la peur), et le corps (qui somatise comme il peut pour nous rappeler ce que nous désirons vraiment), qui nous empêche de donner de la puissance et de la cohérence, de la joie et du bonheur à nos vies.

Le bonheur n’est pas une réduction de nos désirs, mais au contraire une expansion sereine et responsable de ce que nous portons de plus profond en nous.

Donner de la force, de la cohérence et de la rapidité dans la réalisation de nos désirs consiste à aligner l’énergie de ces trois parties de notre être. Quand on aligne nos pensées intimes (le langage de l’âme), nos paroles (qui est le langage de l’esprit) et nos actions (qui est le langage du corps), on donne de la force, de la cohérence, et on permet la manifestation dans la vie de nos désirs et de nos envies profondes avec une rapidité étonnante.

Il est difficile, seul de se rendre compte de nos manèges internes. Mais quand on se fait aider, et que l’on se met à l’écoute de notre ressenti qui passe par le corps, on commence à décrypter la malice de notre esprit et on devient petit à petit plus conscient et apte à déjouer ses détours.

Nous sommes faits de ces trois essences et notre force vient de notre volonté et de notre ardeur à les unir les unes avec les autres au lieu de les séparer.