Voici une petite histoire qui date de décembre 2009, une époque où je quittais un travail dans un contexte difficile pour me rapprocher de mes convictions personnelles. Je l’ai surtout écrite pour illustrer avec mon expérience le fait qu’il est normal de trembler à l’approche d’une réussite ans sa vie.

Aujourd’hui, je viens de gagner un important match de ma vie qui m’ouvre la voie vers une vie plus libre. Pour gagner cette liberté qui me permet de m’émanciper dans mes envies professionnelles, je devais lutter contre ma peur d’être coupé d’une forme d’abondance que j’avais dans mon ancienne vie professionnelle. C’était un match important de ma vie, une vraie finale de Roland Garros. Une longue épreuve qui vient de prendre fin. Je savoure aujourd’hui cette victoire sur mes peurs, ce moment si particulier où je viens de recevoir le fruit de mes efforts, le prix de ma victoire.

A l’approche du but on a souvent le bras qui tremble. Et le mien a tremblé 10 fois avant que ne sonne la victoire. J’attendais un courrier pour ouvrir mes droits aux ASSEDIC qui n’arrivait pas. Puis je reçus un avis de passage dans ma boite aux lettres que le facteur avait déposé sans sonner. Je courre chercher la lettre à la poste. La queue au guichet  faisait trois kilomètres. Un seul employé et des tas de gens venus chercher leurs cadeaux de Noël. Je décidais de ne pas m’agacer, mais j’avais une impatience que je calmais en faisant autre chose. Arrivé au guichet, je donne mon avis de passage, la postière part avec mais ne revient pas. Petit stress. Elle revint après des minutes qui semblaient des heures, pour m’annoncer un truc incroyable : le facteur avait repris mon courrier dans le centre de tri pour tenter de me le redistribuer, il était en promenade on ne sait où. « Revenez demain ». Je retourne chez moi, le courrier n’y avait pas été redistribué. Pas de panique, faisons confiance et gardons la foi. Demain je l’aurais.
J’entre chez moi et je sens qu’il y fait froid. Je découvre que mon radiateur principale est mort, je me pèle, dehors il fait -2°C. Que faire ? Encore une petite épreuve sur ma perte d’emploi et cette abondance qui se transforme. Je tente de le réparer, mais rien n’y fait. Et puis je me dis que je dois faire confiance et ne pas vivre dans le froid, j’ai horreur du froid.
Je courre chercher un nouveau radiateur que je paye une petite fortune. En pleine saison froide, les radiateurs sont à la hausse ! Acte de foi sur le fait que tout se déroulera bien et que je ne serais pas couper de l’abondance de chaleur malgré mon changement de situation professionnelle. Je paye, je rentre et je répare.

Et je me couche en me réchauffant à cette nouvelle chaleur. Vers minuit et demie, une coupure générale d’électricité dans le secteur me plonge dans le noir… Qu’est-ce que c’est encore que cette déveine! Le courrier si important pour mes droits aux ASSEDIC qui se perd, mon chauffage qui se met en panne, que je répare, puis cette panne d’électricité générale… Serais-je maudit ? Au moment le plus important de ma vie pour m’émanciper et me rendre libre, voilà que tout jouerait contre moi ?
Non, ce n’est pas possible, ce que je fais est juste, je ne dois pas perdre espoir, ni me sentir victime. Tout cela, se sont les épreuves de fin de partie, le bras qui tremble avant la victoire. Je décide de garder la foi et de surmonter mes peurs.

Je me couche à la bougie sous une grosse couette en espérant que l’électricité sera remise dans la nuit comme c’est arrivé deux  jours plus tôt. Tout mon chauffage est électrique et je n’ai pas envie d’avoir froid. Je me couvre bien. Je me réveille plusieurs fois dans la nuit et à chacun de mes réveils, je sens le froid monter un peu plus. Je ne sais pas quelle température il fait, mais ça baisse, c’est sûr. Qu’est-ce que c’est encore que ce mauvais sort de la vie ? Pourquoi ai-je à vivre cet inconfort au moment de prendre ma liberté en main? Ce n’est pas grave, tout ce passera bien, j’ai droit à une vie libre épanouie et abondante. Mon corps à un peu froid mais, rien de très pénible, je refuse de me désespérer, c’est une petite épreuve de plus. Je garde la foi.

Au petit matin j’allume ma lampe de chevet qui reste noir. L’électricité n’est pas revenue cette fois. La maison est froide, les radiateurs sont glacés. Combien de temps cela va-t-il durer? Je suis bien tenté de rester dans mon lit en attendant que l’électricité revienne, mais je n’ai pas envie de me laisser aller dans l’inaction. Je me lève prend une bonne douche avec le reste d’eau chaude et décide de retourner à la poste chercher cette lettre à nouveau. La foi, garder la foi. Elle sera là cette lettre.

A la poste, même queue, même guichetière désespérée d’être seule à traiter tous ces colis. Je lui tends mon avis. Elle disparait et ne réapparait pas. La foi, garder la foi, ce que je fais est juste, cela correspond à ma vie d’aujourd’hui, je ne vole personne, je ne refuse pas mes responsabilités, au contraire je me bats contre moi-même pour mieux les assumer. Ce courrier ne peut pas avoir disparu.
La guichetière réapparait sans rien dans les mains avec son regard de cocker désespérant. « Je ne le vois pas… ce n’est pas vous qui êtes venu hier ? » Surtout ne pas s’énerver, rester calme, sincèrement calme est poli, c’est moi qui vis cette petite épreuve, elle n’est pas responsable « Si c’est moi, ce courrier est important madame, c’est une attestation de mon ancien employeur pour mes droits ASSEDIC. » « Ah, je comprends, ah oui c’est important. » Puis elle repart avec son air toujours aussi abattu mais un peu plus concerné. J’attends et là voilà enfin qui réapparait avec une enveloppe ! Je vérifie l’expéditeur, c’est bien le courrier que j’attendais ! Je l’ai en main, enfin, mon passeport pour une nouvelle vie est là, dans mes mains ! Je me sens victorieux et soulagé!

Toutes nos batailles ont leurs lots d’épreuves, nous avons le choix de considérer que nous en sommes victimes, ou créateurs. Je suis intimement persuadé que nous en sommes créateurs. Pourtant on vit des épreuves qui pourraient nous faire croire que l’on subit. Comme si à l’approche du but, nous doutions encore un peu de vouloir réussir et que préférions reculer un peu notre victoire, ou la rendre plus éprouvante peut-être pour mieux la savourer.

Quand il s’agit d’événements de la vie comme celui que je viens de vivre, il est difficile de se rendre compte de notre capacité à créer des événements aussi perturbants à l’approche de nos réussites les plus manifestes.

Alors on peut observer un champion de tennis devant sa balle de match et se demander ce que signifie ce bras qui tremble avant la victoire. Personne d’autre que lui ne peut réussir ou rater ce service pour la victoire. C’est un moment comme un autre, et pourtant il devient perceptible qu’il y a dans ce moment là une intensité cent fois supérieure à tous les autres points. Il devient perceptible que le bras tantôt tremble, puis se reprend, que le but n’ait atteint que quand la foi dans la victoire s’est exercée à devenir plus forte que la peur.

Ainsi va la vie, ainsi se gagne nos épreuves professionnelles, financières, juridiques, commerciales, affectives ou autres, quand la foi dans la victoire s’est exercée à devenir plus forte que la peur.

Et si en ces temps de fêtes et de voeux, nous bénissions nos peurs et nos épreuves. Et si nous  les regardions comme des outils qui nous rendent la victoire encore plus savoureuse, et nous signalent que nous approchons de plus en plus prés de nos buts !

Bonnes fêtes à tous !