En reïki il existait traditionnellement trois degrés d’évolution : celui de l’initié, du praticien et du maître. La structure de progression du reïki suit un processus précis qui révèle un mécanisme fondamental de l’évolution et de la croissance de l’être humain tout au long de sa vie.

Ce processus n’est pas une fantaisie du reïki. C’est un processus lié à la nature même de toute forme d’évolution consciente. Tout être humain tant à suivre ce processus. Il était autrefois intégré dans la structure sociale et dans l’organisation du travail. Aujourd’hui la séparation entre les formateurs et les producteurs de biens et services a disloqué le mécanisme de l’évolution de l’être humain et rendu difficile son évolution à travers ce processus naturel. Les stades d’évolution de l’initiation et de la maîtrise étant perçus comme trop peu productifs, ils ne sont plus intégrés et soutenus par le monde du travail, d’où l’excédent de chômage des jeunes et des séniors, âges respectifs de l’initiation et de la maîtrise.

Nous sommes tous continuellement dans un processus d’évolution. Notre travail, nos études, nos écrits, nos réalisations, les responsabilités que l’on prend ou refuse, tous ces actes qui fondent notre quotidien font parti d’un processus d’évolution.

La première étape de l’évolution est l’initiation. L’initiation au sens littérale signifie « débuter » quelque chose. Un initié, c’est un débutant. Rien d’autre. L’engagement de l’initié est celui de choisir d’étudier, de débuter dans un domaine quelconque. On a attribué à ce mot une connotation un peu mystique comme si les rituels d’initiation ouvraient les portes d’un pouvoir plus ou moins magique. En fait l’initiation marque le début de quelque chose, c’est un engagement à commencer quelque chose. Les attributs que reçoit l’initié, quels qu’ils soient, sont l’équivalent de la blouse, de la trousse, du cahier et du cartable de l’écolier. Ce sont les outils de bases pour débuter.
Le travail de l’initié consiste à apprendre les techniques de base comme un jeune musicien apprend à faire ses gammes, comme un ébéniste apprend la manipulation du ciseau et de la gouge. L’initié, travaille pour lui. Le travail de l’initié consiste essentiellement à travailler sur lui-même pour acquérir les bases fondamentales de son art.
Autrefois, pour appendre un métier, on entrait comme apprenti dans l’atelier d’un maître. On gardait cet état d’apprentissage jusqu’à ce que notre application à la manipulation des outils et la capacité de travailler pour un tiers soit acquises. L’initié s’est alors ouvert les portes du deuxième degré de l’évolution : la pratique.

La pratique, cette deuxième étape de l’évolution, celle du praticien est celle qui consacre le pouvoir d’appliquer son art pour en offrir le service à un tiers de manière autonome et responsable. Un praticien est en fait un ouvrier, ou un compagnon, c’est une personne capable de réaliser un ouvrage pour autrui. Le praticien ou l’ouvrier est autonome. Il peut ouvrager pour gagner son pain car il a acquis la technique et la conscience suffisante lui permettant d’œuvrer dans le respect du besoin d’autrui. Il peut prendre un cahier des charges, une demande, en main et peut assumer responsabilité de sa réalisation. Si la demande dépasse ses compétences, le praticien est capable de refuser la demande ou d’orienter vers un autre praticien, ce que l’initié, dans sa fougue et sa soif d’expérience aurait eu du mal à faire et à comprendre.
Le praticien œuvre pour autrui, ce faisant il travaille sur lui-même d’une autre façon. Il n’a plus besoin de comprendre le maniement des outils ou les procédés de réalisation qu’il possède déjà. Il entre dans la dimension artistique et créative de ses réalisations et chacune de ses expériences est une occasion nouvelle de parfaire son approche avec plus de justesse, de précision pour atteindre une adéquation entre lui, son œuvre et le besoin de son client. Le praticien qui atteint cet état d’accomplissement, au bout d’un certain temps, se rend compte qu’il ne peut plus seulement compter sur lui-même pour développer sa pratique. Il prend conscience de ses limites en même temps qu’il ressent le besoin de transmettre ce qu’il a compris pour que l’œuvre se développe dans d’autres mains. Il est prêt à passer à l’étape du maître et de prendre des élèves pour poursuivre son évolution en se mettant au service de son art. Son client devient alors son art.

L’étape de la maîtrise est l’étape de l’évolution d’un être humain qui a compris qu’il ne pouvait plus dépasser ses propres limites seuls. On voit beaucoup de praticiens travailler seuls, aimer travailler de manière indépendante, que ce soit dans un bureau ou dans un atelier. Le maître est celui qui se rend compte qu’il ne peut plus avancer seul, que son œuvre ne peut plus progresser seule, non pas parce qu’il lui manque des compétences, il a acquis au contraire la maîtrise de son art, mais parce qu’il ne peut œuvrer que pour un petit nombre alors que ce que sa conscience et l’amour de son art lui dicte de la transmettre à un plus grand nombre pour un plus grand bénéfice général. Le maître travaille maintenant pour l’art et plus pour l’œuvre. Il prend des élèves qu’il enseigne et élève au degré de praticien, puis qu’il accompagne dans leur voie vers la maîtrise.
Dans ce cheminement, le maître travaille encore sur lui-même, mais d’une autre façon cette fois encore. Secrètement, le maître apprend à se détacher de son art. Il apprend que la maîtrise qu’il a atteint n’est pas reproductible à l’identique car chaque être humain porte en lui sa propre énergie et qu’il ne peut élever un élève à l’état de maître en lui demandant d’être un prolongement de lui-même. Le maître apprend à abandonner son désir de se voir perpétuer dans l’œuvre de ses élèves. C’est ce qui l’élève véritablement à l’état de maître, quand il constate que son élève à ouvert une voie que lui-même n’aurait pas été capable d’explorer.

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Que sont devenues aujourd’hui ces étapes de l’évolution dans notre société? Notre société est orientée sur le profit, la production, la rentabilité. Elle n’intègre plus que le niveau du praticien, celui qui produit ou se met au service d’une production. Les étapes d’initiation sont bâclées, l’accession à la maîtrise s’appelle retraite anticipée.

Les entreprises attendent des écoles qu’elles produisent des praticiens opérationnels alors que la plupart des formations très intellectualisées ne développent pas la pratique, ou de manière très insuffisante. A la sortie de la plupart des formations courantes, on ne sait pas faire grand-chose, on vient juste de recevoir avec notre diplôme la trousse à outil pour commencer à œuvrer. L’incompétence de la jeunesse n’est pas une tare, c’est dans la nature des choses. On ne sort pas de l’école avec un état de praticien opérationnel et encore moins avec un état de maître. Il est regrettable que l’on distribue des titres de maître ceci, ou maître cela à la sortie des écoles, car ce gonflement de l’ego commercialement efficace a perverti la compréhension du chemin vers la maitrise. En étant maître à 24 ans, que peut-on devenir à 55 ans ?
Il faut des années d’initiation pour devenir réellement un praticien apte à prendre des responsabilités et à les tenir honorablement. Il faut des décennies pour devenir un maître accompli et serein, capable d’accompagner des initiés et des praticiens vers la maitrise.
Mais pour former ces jeunes gens, il faudrait avoir des maîtres en nombre et qualité suffisantes pour accompagner les initiés dans leur premier pas. L’entreprise hélas, les a mis à la retraite anticipé au moment où ils étaient au sommet de leur art, parce qu’ils n’avaient plus assez de niaque pour produire. Le déclin de la productivité des séniors n’est pas une tare non plus, c’est dans la nature des choses.

Notre fonctionnement est aujourd’hui contre nature, et nous ne pourrons plus continuer à fonctionner comme cela. Nous avons bâti une société ou le bonheur a été associé à la production de biens alors que l’être humain est fondamentalement fait pour évoluer, trouver son épanouissement et son bonheur dans le développement de sa propre maîtrise, ce qui est le sens véritable du développement personnel.