Il y a quelques mois de cela, une amie m’avait fait lire un article provenant d’un magazine sur le management, je crois. L’article développait une thèse disant que plus on était nombreux à participer à une recherche, plus on avait de chance de trouver une solution juste, et il relatait l’histoire suivante.

Un test avait été effectué par un groupe qui devait, aidé de quelques indications, situer une épave sur une carte marine. Aucun des participants n’avait situé correctement l’épave. En revanche, si on reliait entre eux les points désignés par les participants, ils dessinaient une forme au centre de laquelle se trouvait l’épave ! Cette histoire est à peine croyable, on dirait de la magie ou de la science fiction ! J’avoue, j’ai eu un petit doute sur la vérité de ce phénomène.

Habitué à guider mes analyses et recherches, je m’entoure d’un réseau d’idées, de visions et de perceptions diverses qui m’apportent toujours un éclairage nouveau et intéressant, mais je ne fais pas appel de manière systématique à un florigège point de vue, probablement à tort.

Récemment, je répondais à un appel d’offre de refonte d’un site de ministère. Un des enjeux était de poser la stratégie de communication et le positionnement de cette institution sur Internet. Pour rechercher le meilleur positionnement possible, j’ai réuni un groupe test que j’ai animé pendant une heure ou deux. Plus tard j’ai confronté les idées émises avec les miennes, et encore plus tard, j’ai associé des personnes très intuitives à la perception de ce positionnement. Il est ressorti de tout cela les lignes directrices d’un concept fort qui a été un des éléments clés de la réussite de cette affaire. Sans en avoir la certitude, je suis assez persuadé que la pluralité des points de vue a été un élément important de la maturité de la solution proposée.

Finalement, cette expérience récente m’a montré que l’expérience de la carte et de l’épave est très probablement réelle, et qu’il serait intéressant de l’étudier de plus près.

On peut en tirer un enseignement simple : plus on est nombreux à rechercher une solution, plus on a de chance de s’en approcher. L’opinion d’un seul, même le meilleur de tous, a moins de chance d’atteindre le but que l’opinion d’un groupe. Le fait est que plus on regarde un sujet depuis des points de vue variés et différents, plus on en a une image complète et sûre de la solution. Bien sûr, les points de vue de chacun sont plus ou moins éloignés de la solution et certains, si on n’écoutait qu’eux, nous éloigneraient beaucoup du but. Pour autant, leurs opinions représentent des éclairages différents qui convergent vers la position exacte de la solution.

Le schéma ci-dessous matérialise cette curieuse idée. Chaque rond représente le point de vue d’un individu par rapport à la solution recherchée. L’étoile représente la solution.
On voit que l’opinion de l’individu « B » est celle qui est la plus proche de la solution, alors que l’individu « A » apporte un éclairage assez éloigné du centre. Pourtant, l’opinion de « B », bien que plus éloignée de la solution, est utile pour se rapprocher de la solution qui se siteu à l’épicentre des vues de chacun. Si on écartait les opinions lointaines sous prétexte qu’elles ne sont pas assez proche de la solution, on ciblerait moin précisément la solution. Il s’agit là de porter un jugement nuisible à la recherche de la solution.
Cette notion est fondammentale !

cible-opinion

Ce schéma nous montre que le fait de porter des jugements sur les opinions est un comportement puérile.

Or souvent dans les projets, les leaders d’opinion, qui sont en général les personnes qui ont le plus de charisme et ont une opinion plus proche de la cible, des profils « B », ont tendances à démolir les opinions très contradictoires, type « A ». Je dois avouer que j’ai du faire cela plus d’une fois en ne voulant pas perdre de temps avec des points de vues que je jugeais non primordiaux.

Cette réaction d’ego est en fait nuisible et conduit à des demi-succès qui finissent par devoir être corrigé tôt ou tard car elles ne tiennent pas compte de point de vue qui finiront pase faire entendre .

C’est donc par des éclairages différents, des visions et des points de vue différents que l’on permet de situer au mieux une position juste.La condition n’étant pas que l’on soit proche ou éloigné du point recherché, mais simplement que l’on tourne son attention, son regard, vers lui. Le schéma montre bien que peut importe la distance, c’est la richesse du faisceau de convergence qui donne toute la précision.

Le rôle du pilote étant avant tout d’être ouvert à la plus incongrue des suggestions, car elle révèle malgré tout une tendance vraie, si minime soit-elle, qui permettra de cibler avec plus de précision le but d’un projet.

Un bon pilote devient alors un Etre capable d’écouter une pluralité de points de vue et d’en tirer une synthèse la plus juste possible.