Dans l’Internet, quand on a plus de dix ans de métiers ont fait figure de vieux sage… ou de vieux singe. Ca revient un peu au même, on connaît les grimaces. En 1996, quand je débutais sur le web, il y avait moins de 100.000 foyers connectés à l’Internet, 10 ans plus tard ils étaient 10 millions !

Ce petit rappel nous montre à quel point les métiers de l’Internet sont jeunes, et se sont développés rapidement. Pour la plupart, ces métiers existent à peine depuis une dizaine d’année. L’effusion des années 2000 a fait exploser les cursus de tout poil pour former à la va vite une armée de jeune gens provenant de pleins de métiers différents. A l’époque, un petit CV de 1 à 2 ans d’expérience se négociait à prix d’or.

Depuis, les formations se sont structurés, les métiers se sont dessinés. Dans les pépinières du web ont a donc recruté en masse des individus venant de pleins de cursus différents, formés très sommairement et qui pour la plupart ont conquis leur métier à la force du poignet en s’appuyant sur leurs bases initiales.

Deux cultures principales se sont alors rencontréesle monde de l’informatique, et le monde de la communication. Ces mondes étaient assez radicalement opposés dans leur nature. D’un côté le monde rationnel de l’informaticien, analyste, technique, rationnel, intraverti, minimaliste dans l’expression, il œuvre pour transmettre et relier des informations, de l’autre côté le monde du communiquant, intuitif, sensitif, éloquent, volubile, extraverti et attaché à la forme, il veut faire passer des impressions, des émotions…

Un pur cerveau droit et un pur cerveau gauche se sont donc rencontrés dans un monde en pleine création : le web.

Il y a peu de temps on me demandait ce que je pensais de la cohabitation de ces deux cerveaux au sein d’une équipe. Souvent on pose cette question parce que de manière sous-jacente, on est confronté à la question de savoir qui doit dominer l’autre: c’est qui le chef, le designer ou le développeur ? Ce n’est pas qu’on ait forcément envie de désigner un vainqueur, mais il faut souvent arbitrer, aussi bien dans les équipes qui réalisent des projets web, que chez les clients qui ont, eux aussi, des adeptes du cerveau droit qui regarde de travers les adeptes du cerveau gauche et vis et versa.

Alors ? C’est qui le gagnant ? Faut-il un gagnant ?

Le monde et son évolution ne sont-ils pas entrain de nous montrer que le gagnant, serait plutôt celui qui sera capable de faire travailler ces deux cerveaux ensembles ? Et d’une certiane manière, le web et son explosion qui viennent mixer ces deux cultures ne sont-ils pas en train de forcer des barrières qui avaient séparées l’humanité en deux depuis des siècles?

Le cerveau droit intuitif apprend à adapter sa créativité et son intuitivité à la réalité de l’état du monde et des moyens technologiques et économiques dont il dispose pour sa réalisation, tandis que le cerveau gauche apprend à repousser les limites de ses outils toujours plus loin pour satisfaire des besoins qui dépassent la logique et servent la beauté, l’émotion, le ressenti.
N’est-ce pas cela le web, n’est-ce pas un milieu passionnant pour apprendre à créer le monde de demain en apprenant à refaire fonctionner les contraires ensemble, en créant une richesse nouvelle qui ré-intègre les composantes sensibles et pratiques de l’être humain?

Alors pourquoi vouloir choisir ? Qu’est-ce que c’est que ce choix? N’est-ce pas là justeun ersatz d’une culture éducative sélective obsolète qui range les individus à peine sortie du collège en matheux, ou en littéraire, en Bac A ou en Bac S, et crée des échelles de valeurs, sans nous apprendre à respecter, collaborer et aimer cette composante de l’autre que nous développons moins ?

On n’a pas tous les mêmes aptitudes, mais pourquoi continuer à rechercher dans notre savoir et nos capacité une valeur supérieure, une raison supérieure, au lieu d’enrichir notre travail de ce que l’on ne maîtrise pas?

Le monde de demain n’appartiendrait-il pas finalement à ceux qui décideront de créer des ponts entre leur deux cerveaux?