J’ai eu l’occasion ses derniers temps de voir évoluer plusieurs personnes à différents stades du lancement de leur nouvelle activité professionnelle. Chacune avec des approches, des peurs et des acquis différents.

Quelque fois les blocages viennent du fait que le positionnement de la personne n’est pas clair, elle prétend vouloir faire quelque chose qui ne lui correspond pas. Quand on a passé ce cap et que l’on sait que notre positionnement est juste, on commence à bâtir son édifice professionnel. Il y a parfois des manques ici et là, et une personne ouverte à son intuition sent bien si elle n’est pas bien posée dans sa pratique qu’elle risque de se planter. Nous avons identifié quatre piliers sur lesquels faire reposer sa pratique professionnelle pour se sentir à l’aise et serein :

  • la connaissance théorique
  • la technique
  • la pratique expérimentale
  • les outils

L’acquisition de ces quatre piliers constitue une base solide qui légitime la pratique et la rend fiable. En France, notre culture très intellectuelle, administrative et corporatiste à transformé la légitimité naturelle (que l’on obtient en cultivant ces quatre piliers), en besoin de légalisation de l’exercice de la profession. Cette légalisation passe par la généralisation des formations diplomantes qui valident la capacité de pratiquer. Le problème, c’est qu’on oublie souvent de passer par la pratique expérimentale en s’appuyant trop sur la « légitimité » du diplôme. Et sans ce pilier, l’équilibre ne se fait pas.

L’exercice de l’activité professionnel en France est fortement réglementé. Les professions qui ne le sont pas s’organisent souvent en guilde, héritage du régime monarchique qui tend à organiser une pratique en groupuscules dont l’objet est de défendre le droit d’exercer en légalisant la légitimité de la pratique. Cet héritage culturel donne encore lieu à des joutes ridicules. Les kinésithérapeutes par exemple veulent s’arroger le monopole du massage qui reste encore aujourd’hui une activité illégale sans le diplôme de kinésithérapie. Illégale oui, mais pas forcément illégitime. Voyons les acquis qui peuvent légitimer une pratique de massage :

  • la connaissance théorique du corps, de l’impact du massage sur les différentes parties du corps, des contre indications médicales… autant de connaissance à acquérir pour exercer en connaissance de cause sans mettre en danger son client,
  • la maîtrise de la technique de massage pour l’exercer avec art, savoir se positionner, travailler sans s’appuyer, être centré sur son haras, avoir les bons gestes et savoir exercer les bonnes pressions,
  • une pratique expérimentale encadrée par un praticien exercé est indispensable pour acquérir sereinement l’expérience de la gestion des différentes situations et réactions imprévues que l’on rencontre dans la pratique,
  • le matériel de massage, table, tatami, huile… pour pratiquer dans des conditions optimales.

Toute pratique sérieuse demande des acquis solides sur ces quatre bases pour pouvoir  passer à l’état de praticien qui est la capacité d’exercer de manière autonome.

Cela peut sembler moins applicable pour des professions intellectuelles. Je ne le crois pas.

J’ai passé plus de 15 ans dans des sociétés de services informatiques et j’atteste quele manque de pratique est souvent catastrophique. On confie trop souvent des projets en complète autonomie à des novices. La pratique expérimentale est pourtant le seul rempart réellement efficace pour éviter les erreurs de jugement qui font d’un beau projet une catastrophe financière. Identifier et maîtriser les chausse-trappes d’une exigence fonctionnelle irréalisable ou trop onéreuse, d’une attente qualitative surdimensionnée par rapport à un budget, s’acquiert par l’expérience … Aucune connaissance théorique ne pare efficacement à ce type de difficulté. Il y a là une dimension humaine trop importante à gérer : la relation au client. Les outils de veille sont insuffisants eux aussi. Ils se réveillent et alarment souvent trop tard car nous avons une capacité innée à leur faire dire ce que l’on veut tant que l’on ne s’est pas alerté soi-même. Enfin aucune technique n’est, seule, assez fiable pour parer un débordement de ce type, parce que les techniques n’ont d’efficacité que s’il on s’en sert.

La pratique expérimentale développe l’expérience humaine, l’acquisition du discernement, de l’intelligence perceptive, de la capacité d’adaptation aux situations imprévues.

La pratique expérimentale est aussi et sans doute le pilier le plus difficile à acquérir seul. Il nécessite un accompagnement pour s’affermir, que cela soit par le biais de collègues bienveillant, de confrères, ou d’aides extérieures.

Alors comment se portent les quatre colonnes de votre temple professionnel ?