Les situations pénibles que l’on vit au travail nous font parfois croire qu’il faut complètement changer de métier. Quand on veut changer de travail, ou qu’on y est forcé parce que notre situation au travail est devenue trop pénible, ou qu’on nous pousse à partir, on peut associer assez vite le dégoût de notre travail au dégoût de notre métier et tout rejeter en bloc. Dans cet état de rejet, on perd tout enthousiasme et se relancer dans une activité professionnelle devient un sérieux challenge. Plusieurs années à tout faire pour exercer au mieux notre métier dans un cadre de travail qui nous dévalorise peut nous faire croire que votre métier n’est plus le bon pour nous. Ce n’est pas nécessairement le cas. Souvent, ce qu’il faut rechercher, c’est une manière de l’exercer autrement.

Les changements professionnels ne sont pas nécessairement des changements d’orientation professionnelle. Souvent ces changements professionnels sont des changements de positionnement professionnel. Ce n’est pas nécessairement le métier que l’on doit changer, mais souvent la manière de l’exercer. Pour certains ce sera le métier, mais ce n’est pas forcément cela qui est important.

En recherchant comment exercer notre métier autrement, plus prêt de nos valeurs, plus en respect avec soi-même, on se rend compte qu’on n’a pas forcément besoin de tout changer, mais que le cadre de notre exercice ne nous convenait plus. On ne veut plus d’un patron tyrannique, on ne veut plus gagner des affaires sans respecter nos propres valeurs, on ne veut plus donner notre savoir faire et nos compétences à des clients peu scrupuleux, on ne croit plus au but de notre entreprise : on a besoin de réaligner notre positionnement professionnel avec notre exercice professionnel.

Quand le changement de travail est vécu dans une situation conflictuelle ou violente, il est assez difficile d’avoir un recul suffisant et le discernement nécessaire pour savoir s’il on a besoin de changer de travail ou de changer de métier. Il y a souvent une période de totale désorientation. Je l’ai constaté sur moi-même et je le constate chez d’autres personnes que j’accompagne dans leur changement professionnel aujourd’hui.

C’est à ce moment là que, dans un cursus de changement professionnel, on vous propose des bilans en tout genre à la suite desquels on vous tend fièrement votre nouvelle feuille de route. « Voilà, madame, monsieur, vous êtes fait(e)s pour ceci ou cela ! » suivi de « Y’a qu’a faut qu’on en route vers de nouvelles aventures ! »
Or le bilan étant par essence un travail de retour sur soi, il demande plus que des compétences de détection de son potentiel, il exige surtout un temps de latence pour intégrer son expérience passée et en tirer un bilan personnel plus profond que la détection de nos simples aptitudes à exercer un métier.

Un temps de latence est nécessaire pour se reposer des difficiles expériences de vie que l’on vient de traverser et pour tirer les leçons de son expérience personnelle passée. Ce temps est nécessaire pour évacuer la peine, la tristesse de ne plus avoir été heureux au travail, ou l’état dépressif qu’entrainent les mois ou les années à avoir vécu une situation de douloureuse dévalorisation de soi, ou encore les traces que laissent les échecs.
Il est difficile de prendre ce temps quand on a la pression de la famille, du pôle emploi, du conjoint ou des amis qui nous demande ce que l’on fait de nos journées et quand est-ce que l’on va retrouver un travail ? Et le pire, c’est qu’on finit par s’occuper la tête avec des nourritures audiovisuelles qui nous dépriment de plus en plus. Comme il est difficile de trouver autour de soi des personnes prêtes à vous accompagner sans qu’elles éprouvent le besoin de vous pousser à aller plus vite vers on ne sait quoi.

La pression nous culpabilise. On ne se sent coupable de passer des heures, voire des journées à se demander quelle est notre voie? ce que l’on doit changer? ou ne pas changer? On perd les pédales entre changement de travail et changement de métier. On répond à des annonces sans conviction et on reçoit des réponses sans conviction également

Bref rien n’avance quand on va trop vite. La latence est nécessaire. La latence n’est pas de l’oisiveté. On peut même continuer de travailler doucement pendant cette période de latence où on se ménagera des grands moments pour soi, pour faire un vrai bilan.

Si vous êtes dans cette situation de changement professionnelle, acceptez le temps pour apprendre de vous-mêmes ce que vous désirez faire autrement. L’important n’est pas tant de savoir si c’est le métier ou le travail qu’il faut changer. L’important est de savoir ce que vous ne voulez plus ou ne pouvez plus faire comme avant et voulez faire autrement.

Dans la période de remous que l’on traverse, on se sent vite isolé. Il est important de se faire accompagner pour changer. Ce n’est pas un conseil, c’est un constat que j’applique encore sur moi-même car le changement profond n’est pas une passade d’un soir, mais un engagement.