Ce qui est important dans les cercles relationnels, c’est de comprendre les conséquences de la transgression d’un cercle à l’autre. La transgression consiste à mélanger plusieurs niveaux de relation, ce qui veut dire, en fait, à vivre une relation avec une même personne simultanément sur plusieurs niveaux de cercles relationnels.

La société sait instinctivement que ces mélanges relationnels sont dangereux et c’est pour cela qu’elle les condamne le plus souvent. La transgression la plus connue et aussi la plus dénoncée est l’inceste. L’inceste mélange une relation de parent (deuxième cercle) avec une relation de conjoint (troisième cercle). C’est une des plus violentes car elle atteint une relation que l’on noue à vie. On est à vie l’enfant de ses parents. Il n’est pas possible de se défaire de cette relation.

Ce n’est pas le cas de la plupart des autres relations dont les transgressions sont moins graves, mais pourtant douloureuses. Par exemple, lorsqu’un professeur a une relation amoureuse avec un élève, on crée une transgression entre le cercle du conjoint (3eme cercle) et le cercle de l’accompagnant (6eme cercle). Cette relation est moins grave que l’inceste parce qu’elle touche des relations qui sont moins profondes et plus éphémères. Mais elle est grave quand même car elle détruit la progression de l’individu, du professeur comme de m’élève. Elle les limite dans leur développement en les faisant régresser au niveau du cercle relationnel le plus bas et en leur coupant l’accès à un niveau de relation plus élevé, nécessaire à leurs évolutions, l’un comme professeur, l’autre comme élève.

Quand un élève finit ses études, il cesse d’être un élève. Si une relation intime avec un ancien professeur commence après les études, cette relation entre alors dans le champs du cercle relationnel des conjoints. Il n’y a pas de transgression. La relation élève-professeur (6ème cercle) s’est terminée sans interaction avec un autre cercle relationnelle. La relation a été préservée. L’élève a pu accomplir ses études, le professeur transmettre son enseignement. Même si ce qui se passe après dans mon exemple peut nous sembler étrange, et si, très probablement, une telle relation va faire entrer en jeu la position ancienne de chacun, la relation d’accompagnement qui a été préservée a permis à l’élève et au professeur de s’accomplir sans interaction nuisible.

La transgression n’est pas le fait qu’une relation se forme entre des partenaires qui se sont connus à un autre niveau de relation.

La transgression c’est le fait de faire cohabiter en même temps des relations à différents niveaux. Pourquoi? Parce que la sécurité affective de l’individu est liée au fait qu’il puisse être engagé et s’engager de manières différentes et imperméables dans des relations sur des niveaux différents pour revivre des situations émotionnelles similaires à ses problématiques de fond avec une sécurité affective maitrisée.

Ne pas avoir attendu la fin ou de ne pas avoir mis fin à la relation d’enseignement avant d’engager une relation d’une autre nature crée une insécurité affective dangereuse.

Lorsqu’un accompagnant engage une relation amoureuse avec un accompagné, alors que le travail d’accompagnement n’est pas terminé, il cesse d’être pleinement un accompagnant pour devenir un partenaire de vie et l’accompagnement ne peut plus s’accomplir.

L’accompagné est alors privé de la sécurité de la relation dans laquelle il était engagé en tant qu’accompagné, tout comme l’enfant victime d’inceste est privé de la sécurité de la relation protectrice de ses parents quand ces derniers engage une relation de désir de couple avec eux. La relation d’aide est pervertie dans un cas comme dans l’autre.

L’être humain qui décide de prendre en main son évolution accepte de se rendre vulnérable pour se transformer. Cette vulnérabilité est un don inestimable de celui qui se présente dans cette position de fragilité. Dans la plupart des relations il y a un rapport de force inégal.

Celui qui abuse de sa position dominante dans la relation fait vivre à son partenaire une violation de l’être dans sa fragilité qui cause plus de dégâts qu’on ne se l’imagine car elle crée l’insécurité et la régression en même temps.

C’est pourquoi il est fondamental en tant qu’êtres qui nouent des relations à un niveau donné, d’être vigilant sur les dérapages de cette relation à des niveaux différents.

Les dérapages des relations d’une cercle à l’autre sont constants et permanents dans notre société : ami-client, patron-ami, patron-amant, psy-maitresses, psy-amis…

Mon propos n’est pas de dire qu’ils ne devraient pas exister. Ils font aussi partie des expériences qui structurent la vie. Mon propos est ici de souligner leur caractère insécurisant et involutif qui font régresser ou stagner notre perception de nous-mêmes et de nos relations à des niveaux relationnels oú l’on manque de discernement pour travailler sur soi.

Si on veut avancer et mieux se comprendre, il devient vital de se défaire de ces relations de transgression.