Je complète l’article sur la transgression relationnelle. Les nombreuses réactions sur ce site et sur Viadeo m’ont aidé à mûrir le sujet et à le compléter pour enlever une confusion qui apparaissait dans la manière dont on vit les relations multiples, relations qui font intervenir plusieurs niveaux de cercles relationnels.

Dans l’article sur la transgression relationnelle j’ai grossi le trait pour mettre en avant le problème de la transgression. La transgression apparaît quand deux personnes qui ont des relations à plusieurs niveaux de cercles relationnels (par exemple, des collègues qui sont aussi amants) vivent ces relations en l’absence d’un cadre clair. Pour suivre l’exemple que j’ai donné, la transgression intervient quand un des deux partenaires du couple se met à parler travail dans un moment de vie de couple, à table ou sur l’oreiller. Il intervient dans le cadre de la vie de couple avec une position qui n’a rien à voir avec le couple, et là, il y a transgression de la relation de couple. Cette transgression des cadres est dangereuse pour la relation en elle-même.

desequilibreLes personnes qui investissent un rôle de collègue, de client, d’amis… dans un cadre (cercle) relationnel où ils avaient un autre rôle, transgressent la relation car il y a un glissement soudain et une perte de repère pour l’un ou l’autre des partenaires ou les deux quelques fois. On ne sait plus, à ce moment là, qui est la personne en face de nous, le coach, l’ami, l’amant, le client, le patron, l’employé…

Ces transgressions portent en elle les germes de la manipulation et de la dépendance (consciente ou inconsciente) car elles utilisent les bases d’une relation équilibrée et librement consentie, dans laquelle il y a une confiance établie, pour glisser vers une autre forme de relation dans laquelle une forme de dépendance-domination se met en place. Quand une telle situation se crée, les deux partenaires sont en général responsable de ne pas avoir posé ou fait respecter un cadre clair.

Ce n’est pas le fait qu’il y ait coexistence de plusieurs niveaux de relations entre deux personnes qui crée la possibilité de ce glissement et la confusion. C’est l’absence de cadre clair qui est dangereuse.

fleurLa coexistence de plusieurs niveaux de relation est fréquente. Elle est même souvent un tremplin nécessaire et utile. Quand une personne se lance dans une activité professionnelle à son compte, il est fréquent qu’elle cherche dans son entourage proche, amis, conjoint, famille… ces premiers clients. La proximité relationnelle aide au développement de la confiance en soi et permet de mettre le pied à l’étrier. Cette proximité profite dans les deux sens. Un jeune entrepreneur ira chercher pour l’épauler un comptable parmi son cercle de relation proche, de préférence à un professionnel qui lui est inconnu. Dans ce cas, l’un et l’autre y trouve un bénéfice.

Si le cadre de la relation est clair, cela n’est pas dommageable. Si le cadre est flou, on entre dans des formes de transgressions qui ont des effets pervers. On ne traite plus son fournisseur ou son client avec le même égard si c’est un ami ou une relation familiale.

Les relations à multiples niveaux sont monnaie courante dans la vie. Mais le cadre est rarement bien posé pour les rendre saine. On a tendance le plus souvent à ignorer l’importance de ce cadre en considérant que l’on maîtrise la situation ce qui est en fait rarement le cas. L’exemple le plus courant et le plus banal est celui de deux amis qui veulent monter une entreprise ensemble. On dit souvent qu’il faut éviter de le faire. Et c’est vrai parce qu’en substance, la transgression est difficile à éviter. Pourquoi ? Parce que les amis ont la croyance que leur lien affectif sera plus fort que tout le reste en cas de problème. Et il en va ainsi dans tous les cercles relationnels. Plus ils sont proches du centre et donc forts dans leur caractère affectif, plus on attribue à ces relations des vertus presque magiques qui nous garantissent de tous problèmes. Or c’est faux.

monnaieLes histoires d’héritage parentales sont pires que celles de couple quand elle se passent mal, les histoires de couples sont pires que celles des amis quand elle se passent mal, les histoires d’amis sont pires que les histoires de collègues quand elles se passent mal…

coeurCe n’est pas le lien qui est en cause. Le vrai problème c’est que l’on néglige de poser le cadre qui convient à une relation en pensant que le lien affectif fort nous protège. On pense que si on fait du business avec son frangin, les liens familiaux seront plus forts que les problèmes éventuels alors on bosse joyeusement ensemble en s’épargnant de faire un contrat. « Pas de ça entre nous quand même ». Et bien cela ne marche pas. Le liens affectifs ne protègent pas. Aux premières difficultés venues, on se rend compte que l’amitié, la famille, le couple ne suffit plus à régler une histoire d’argent, une histoire de prestation, une histoire de ce qu’on veut.

Maîtriser le cadre d’une relation à multiples niveaux est très exigent et demande que chacun des partenaires soient très au clair dans sa demande de relation multiple.

Lorsqu’il y a relations multiples entre deux personnes, il y a toujours une relation principale. Par exemple, lorsqu’il y a relation multiple type collègue-ami, la relation principale peut être celle du travail ou de l’amitié. Le premier indice pour savoir si le cadre est posé est de savoir si chacun pense que la relation principale est la même. Cela parait aller de soi, mais en fait, cela ne l’est pas. L’un peut trouver plus avantageux de conserver le lien affectif alors que l’autre préfère conserver le lien de travail.

aimantLe meilleur moyen de le savoir est de se le dire. Si chacun est d’accord pour se dire que la relation la plus importante, celle que l’on va protéger est la relation de travail ou celle d’amitié, alors on part sur de bonnes bases. Cette mise au point est rare, mais elle devrait être systématique.

Il peut être difficile de savoir quelle relation est la plus importante pour soi. Le moyen de s’en assurer est de se demander à quelle relation on est prêt à renoncer pour préserver la relation. Il est plus facile de se définir ainsi que dans l’autre sens (se demander ce que l’on préfère) car on a tendance à vouloir tout ce que l’on aime.

Définir ensemble quelle est la relation à laquelle on tient le plus est la base qui permet de vivre une relation multiple sans qu’elle devienne perverse.

Ce premier élément mis en place, il faudra par la suite veiller de manière rigoureuse à ne pas laisser déborder une relation secondaire dans une relation principale. Le mieux est d’arriver à fixer des règles de vie qui délimitent clairement la relation secondaire pour qu’elle n’envahisse pas la relation principale. Définir un temps et un lieu pour se consacrer à une relation secondaire et s’assurer que ce temps et ce lieux restent moins important que ceux de la relation principale est un bon moyen d’encadrer cette relation.

champageMa compagne et moi-même échangeons nos compétences dans des consultations et nous prenons en général un rendez-vous comme si nous étions clients. Ces demandes n’empiètent pas sur nos moments de couple et se passent  sur des espaces-temps de travail. C’est notre manière de cadrer nos multiples relations. Nous avons toujours fait cela et j’ai toujours tiré un parti important de ces échanges sans perturbation sur notre relation de couple.

 

Respecter seulement ces règles évite de tomber dans la transgression. Elles garantissent :

  1. de poser un climat de sécurité car chacun sait que la relation à laquelle il tient le plus n’est pas menacée. les partenaires attendent principalement la même chose de leur relation et ont accepté de renoncer à une relation secondaire pour préserver la relation principale en cas de difficulté.
  2. de veiller à ce que l’importance des relations ne s’inverse pas insidieusement (que la secondaire devienne principale) sans que l’on s’en rende compte comme cela peut arriver quand une relation secondaire commence à prendre de plus en plus d’espace. Choisir les moments de la relation secondaire exerce un contrôle de cette relation.

Ces règles sont basiques, mais elles suffisent à éviter les transgressions et permettent de vivre les relations à multiples niveaux en maîtrisant la sécurité affective de chacun.